germinal01

06/02/2009

Ca dépote !

Autant le concert d'Enrico Rava lundi respirait au souffle de toute l'histoire du jazz, celui du guitariste français résidant à Copenhague Marc Ducret jeudi soir à l'AMR fut d'une audace urgente et aussi d'une violence maîtrisée qu'il fait bon recevoir de temps à autres dans la tronche et dans le coeur pour se rappeler que tous les chemins ne sont pas encore parcourus et que l'on peut être contemporain, allumé sans être aculturé (en témoigne l'émouvante salutation "picking" adressée à Louis Amstrong)

Cet élégant musicien au crâne rasé, porte sur scène avec bonheur (et depuis longtemps) un pantalon de cuir rouge..... ne lui manquent plus que les lunettes à verres bleutés pour ressembler à Paul Motian. Il se situe entre Derek Bailey pour la liberté de son discours et Jimi Hendrix pour le gros son qu'il projette dans la salle et la culture rock/blues qu'il véhicule. D'une technique impressionnante mais sans frime aucune, il incarne, avec Marc Ribot, à merveille l'actualité de la guitare créative....John Scofield et Pat Metheny font figure désormais de paisibles et talentueux communiants. Sur le coup de minuit nous fut balancé un St James Infirmary littéralement ravageur.

marc_bruno_albatros.jpgComplètement destroy !
Courez chez votre disquaire habituel et, de retour à la maison, avertissez vos voisins, écoutez Marc Ducret ....  et n'hésitez pas....à donfe la sono !

je recommande en particulier le trio qu'il forme avec le bassiste Bruno Chevillon et le batteur  Eric Echampard.

photo Samuel Choisymarc ducret.jpg 

 

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04/02/2009

Enrico Rava

......après un délicieux concert au Victoria Hall lundi soir

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06/01/2009

Hommage à Charlie Mingus

Albert Einstein portait une fort sévère appréciation sur le Nouveau Monde : "Les États-Unis d'Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence, sans jamais avoir connu la civilisation. "

Si l’on peut entrer en matière sur des domaines particuliers (l’actualité de ces cinquante dernières nous en fournit suffisamment d’exemples....non je ne néglige pas le débarquement suivi de l'anéantissement des forces du mal absolu) on ne peut oublier que c’est là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique qu’est née la musique la plus risquée, la moins accomplie (malgré d’innombrables chefs-d’œuvre) et par conséquent la plus passionnante et la plus ouverte, puisqu'elle est basée sur l’improvisation : le jazz, musique de notre tempsmingus1.jpg.

Je voudrais saluer avec reconnaissance puisqu’on va célébrer le 30ème anniversaire de sa disparition, l’immense et puissante personnalité que fut, au sens propre comme au figuré, Charles Mingus Jr, contrebassiste, pianiste, compositeur, arrangeur et aussi grand militant de la cause des Noirs.


Ah, il était pas de ces Blacks dont on sculpte des faire-valoir de la nation américaine et que l’establishment catholique bien-pensant invite parfois à la Maison Blanche (tiens, tiens !) pour qu'ils fassent les caniches sur la moquette et  qu'ils donnent le frisson du blues bien crade à des épouses de rednecks racistes jusqu’à la moelle.

Il n’avait pas oublié qu’en mai 1951, alors qu’il jouait régulièrement en trio avec le guitariste (blanc) Tal Farlow et le vibraphoniste (blanc) Red Norvo il fut remplacé au dernier moment pour une émission de télévision en couleur par un contrebassiste blanc (Clyde Lombardi) plus présentable à l’écran.

En colère, il le fut toute sa vie ; en excès constant d’exubérance libertaire et d’art brut (Pithecanthropus Erectus) ou de formalisme lèché et dévastateur (écoutez le très ellingtonien « The Black Saint & the Sinner Lady) de dévotion gospel ( Blues & Roots) ou de traditionnalisme classieux (Money Jungle en trio avec Ellington et Max Roach). Mingus avait conscience, et il le démontra tout au long de sa carrière,  que l’art de la musique de jazz "consiste à savoir exactement où il faut s’arrêter…. et d’aller un peu plus loin." (Saki) « Dans ma musique, j’essaie de jouer la vérité de ce que je suis. La raison pour laquelle c’est difficile c’est que je change tout le temps » avait-il coutume de dire à son propos.

Cette colère, cette versatilité, cette générosité, cette susceptibilité sans cesse exacerbée transpire caniculairement de son autobiographie « Beneath The Underdog », un véritable brûlot, violent et acerbe qui nous ferait presque oublier la pure douceur de sa plus belle composition « Good Bye Pork Pye Hat » qu’il avait dédiée à Lester Young et dont Joni Mitchell et Jeff Beck ont donné en 1976 et 1979 une relecture d’une rare pertinence.  

"Moins qu’un chien"…. peut-être….. mais quand on a écrit « God Bye Pork Pye Hat » et fait ronfler la contrebasse un certain soir de 1953 avec Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Bud Powell et Max Roach au Massey Hall de Toronto….. on va directement prendre sa place dans ce big-band qui flotte dans l’éther et qui improvise ad aeternum la musique des anges à visage humain.

Salut Charles Mingus, je garde précieusement en moi la chaleur de cette main que tu m’as tendue dans une loge de la Salle Patino (aujourd'hui Cité Bleue), il y a bien quelques lustres.

(photo Robert Louis, Nice 1977)
(A ne pas manquer sur France Musique du 10 au 11 janvier de minuit à 7h Nuit spéciale Charlie Mingus)
  

 

 

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05/12/2008

Daniel Humair, musicien et peintre genevois : une carrière qui mérite un salut !

 humair.jpg                      

On se sait décidément plus où donner de la fête ; les anniversaires culturels se sont succédé en cette année 2008 montrant par ces balises chronologiques la vitalité, la créativité et surtout la pérennité de ces théâtres, ces orchestres, ces troupes, ces artistes qui travaillent, on doit  même dire qui oeuvrent à Genève où qui font briller son nom en Europe et même dans le monde.
Quelques exemples en blèfle ; les quatre-vingts dix ans de l’orchestre de la Suisse Romande , (OSR) ou la passion du génie d’Ernest Ansermet perpétuée dans un outil musical de haute tenue. Les cinquante ans du Théâtre de Carouge, de François Simon à Jean Lermier, un parcours signifiant dans l’histoire du spectacle vivant, reflet de notre temps. Les trente ans du Théâtre du Loup, enfin sédentarisé, la quintessence de l’exigence et de l’inventivité artisanale. Enfin les cinquante de carrière du Old School Band qui, à Genève, est au jazz traditionnel ce que le Beau Lac de Bâle est au rock’roll.

Je voulais par mon propos (et c’est un mensuel français qui le rappelait le mois dernier) saluer un très grand artiste genevois qui célèbre lui aussi ses 50 ans de carrière en même temps que ses soixante-dix ans biologiques. Un peintre mais surtout un magnifique instrumentiste derrière les fûts et les cymbales…….un de ceux dont on dit volontiers « il ne joue pas de la batterie, il fait de la musique ».

 Il est né à Genève et m’a raconté dans un échange de mail récent ses premiers pas dans le monde musical : « Ma fanfare des débuts se trouve être l’Ondine Genevoise qui m’a donné mes premières baguettes (très mal utilisées à cette période de ma vie, selon l’avis des spécialistes tambourinaires en poste). On a ensuite mis entre mes mains une clarinette puis un hautbois et, vu mon manque d’enthousiasme, on m’a renvoyé vers un terrain de foot-ball, ce que j’acceptai très volontiers ! Le virus musical m’a frappé beaucoup plus tard, vers 1955 ».

Autodidacte, il travaille seul à partir de disques vynil et repique les solos de Sid Catlett ou Zutty Singleton. Premiers orchestres, premières consécrations : il remporte plusieurs prix au Festival de Zürich 1958, part en Suède et finit par s’établir à Paris après une halte bruxelloise pendant l’Exposition universelle. Tout s’enchaîne : un trio avec Martial Solal, les Double Six, les Swingle Singers. Il s’impose rapidement comme l’un des tout premiers drummers du continent. Phil Woods l’engage dans l’European Jazz Machine ; ce sera ensuite la rencontre avec Michel Portal, un long compagnonnage avec le pianiste Joachim Kuhn et le regretté contrebassiste Jean-François Jenny-Clark. Il est devenu incontournable, le sideman préféré des musiciens américains de passage.

Gaucher naturel mais pratiquement ambidextre son apprentissage intuitif lui permet de développer une technique très personnelle : « Mon jeu n’a jamais été académique ; aujourd’hui je joue toujours le tempo de la main gauche et les cymbales de la main droite. L’agencement de ma batterie est un accident, je suis resté gaucher des pieds alors que, pour les mains, l’école et la pratique du tambour de marche m’ont rendu gaucher ».

S’il est incontestablement un virtuose, il s’impose avant tout  par une attention toujours en éveil, une généreuse et instantanée disponibilité pour mettre en valeur ses partenaires (ou les "rapatrier" quand ils s'égarent) et surtout par une impressionnante force de proposition, toutes qualités indispensables dans la musique improvisée.
Je garde avec émotion et bonheur le souvenir (parmi tant d'autres)  de deux concerts qu'il a donnés à Genève : 1987 en trio avec le guitariste autrichien Harry Pepl et J-F. Jenny-Clark ;  plus récemment au Forum Meyrin où flanqué de B. Chevillon il entourait Michel Portal et Médéric Colignon, un moment d'une saisissante intensité qui inscrivit dans l’éther la noblesse du risque et de l’improvisation.

Cher Daniel, malgré ton caractère parfois bourru, accepte en cette fin d’année ce salut cordial et reconnaissant.  

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