germinal01

12/09/2015

"Intercity Genève-Berne.....attention au départ !"

Liliane Maury Pasquier

Elle a un bel et beau parcours politique sous la coupole fédérale : présidente du Conseil national en 2002, elle représente Genève au Conseil des Etats avec Robert Cramer depuis huit ans et brigue un nouveau mandat. Ses compétences et sa combattivité sont reconnues et redoutées notamment sur les dossiers qui concernent la santé, les droits humains.





1. « Je crois finalement que je suis de Belgique, même si on ne sait pas très bien ce qu’est la Belgique on peut dire que l’on est Belge. » (Amélie Nothomb)
Savez-vous ce qu’est la Suisse ?

L. M P : Je sais ce qu’est la Suisse que j’aime : un mélange savoureux d’êtres humains d’âge, de sexe, de culture, d’origine, de sensibilité et de parcours divers. Toutes ces diversités sont autant d’ingrédients qui, liés à la sauce « vivre-ensemble » et assaisonnés de compromis, forment, ensemble, la Suisse que je goûte. C’est un peu comme la fondue : une mixture dont la saveur tient à la fusion réussie des éléments variés qui la composent. À l'heure où la tendance est à l’individualisme ou, pire, à monter des catégories de la population les unes contre les autres, rappelons-nous que l’unité dans la diversité fait, depuis ses débuts, la force de la Suisse ! 

 2. Voudriez-vous citer 5 personnages (vivants ou non) qui incarnent votre idée de la Suisse ?

L. M P : - Christiane Brunner, pour son magnifique parcours (née dans une famille pauvre, elle est devenue avocate et première Conseillère aux États genevoise de gauche), ainsi que pour son engagement en faveur des droits des travailleurs, des travailleuses et des femmes (la grève des femmes, c’est elle !) ;

- Ruth Dreifuss, bilingue elle aussi, née dans une famille juive et première Présidente de la Confédération ;


- Paul Grüninger, chef de la police de St-Gall pendant la Deuxième Guerre mondiale, qui a désobéi aux ordres pour laisser entrer des Juifs en Suisse, a été renvoyé et condamné, puis pleinement réhabilité plusieurs années après sa mort ;

- Anne Cunéo, née italienne, écrivaine et journaliste qui a mené une carrière dans trois langues nationales ;

- Ferdinand Hodler, qui a si bien su peindre la Suisse – notamment le Lac Léman, en Lavaux ou à Genève -, et qui n’est pas une chasse gardée de Blocher !

 
3. « L’art de la politique c’est de savoir où il faut s’arrêter, et d’aller un peu plus loin »
Allez-vous souvent plus loin ? Pourquoi/Pourquoi pas ?

 L. M P : Ce qui est sûr, c’est que je vois loin, aussi loin que mes idéaux ! Pour progresser dans leur direction, toutefois, le pragmatisme me conduit à avancer pas à pas. Mieux vaut, par exemple, déposer un postulat qui sera adopté et aboutira à un rapport sur une question spécifique, plutôt qu’une motion spectaculaire sans aucune chance d’aboutir. Ledit rapport, ensuite, pourra servir de base à une motion qui, elle, sera adoptée ! Bref, je cherche toujours à aller un peu plus loin, mais en préférant la course de fond – je suis du genre endurante -, discrète mais efficace, au sprint éblouissant autant qu’évanescent. La politique-spectacle, très peu pour moi !

 

4. « En politique on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables. (Clemenceau)
Un commentaire ?

 L. M P : Les politiques sont des femmes et des hommes comme les autres – qu’ils et elles représentent, du reste - : avec divers degrés d’intelligence et de compétence, certainement pas parfait-e-s mais, pour la plupart, animé-e-s du désir de faire au mieux pour la communauté ! C’est sur la base de ce désir commun que nous devons travailler ensemble ou successivement, ce qui n’est certes pas toujours facile, mais – presque – toujours passionnant !

 
5. « Etre populaire quand on veut gouverner, cela ne s’est jamais vu » (Raymond Barre)
La popularité y veillez-vous ?

L. M P : La popularité n’est pour moi pas un but en soi, mais il en faut un minimum pour être élue et pouvoir accomplir son travail politique. Je veille donc non pas à plaire ou à me vendre mais, à notre époque médiatique, à rendre un tant soit peu visible ce que j’accomplis au Conseil des États.


6. « L’instant de la décision est une pure folie » (Kierkegaard)
Comment  décidez-vous ?

L. M P : Bien que je ne fasse pas partie des sept Sages, j’essaie de décider avec sagesse. Ce qui, pour moi, consiste à défendre des solutions réalistes et fidèles à mes convictions. Une pure folie d’un point de vue politique, bien souvent, puisque mes valeurs de gauche me poussent fréquemment à faire des choix minoritaires !


7. Pensez-vous qu’un jour la Suisse adhérera à l’Union européenne ? Le souhaitez-vous ?

L. M P. : Même si ce n’est pas pour demain, mon optimisme naturel me pousse à penser qu’il ne faut jamais dire « jamais » ! Car oui, je souhaite et défends l’adhésion de notre pays à l’UE, pour que la Suisse puisse y jouer un rôle actif et participer à la construction européenne de concert avec les États qui l’entourent. Supportrice active d’une Suisse ouverte sur le monde et solidaire – dans l’intérêt, aussi, de la Genève internationale -, je représente la Suisse, avec mes collègues de la délégation, au sein de l’Europe dont notre pays est déjà membre : celle du Conseil de l’Europe, dont l’Assemble parlementaire est la « conscience démocratique de la Grande Europe ».

 

8. Le système démocratique suisse est-il viable à long terme ? L’aménageriez-vous ? Comment ?

L. M P : La démocratie directe est un système remarquable et viable à long terme, à plusieurs conditions toutefois. D’abord, il s’agit de faire en sorte que les décisions prises démocratiquement soient conformes aux principes de base du droit international : la liberté démocratique s’arrête là où commencent les droits fondamentaux des autres. Ensuite, si l’on défend un système où le peuple a son mot à dire, il faut que toute la population puisse s’exprimer : donc, étendre les droits politiques (à des personnes sans passeport à croix blanches, notamment) et lutter contre l’abstentionnisme (des jeunes, en particulier). Qui dit démocratie dit aussi transparence : à ce niveau-là, des réformes profondes doivent être apportées à notre système politique, notamment pour ce qui est du financement des partis et des campagnes ou de l’influence des intérêts particuliers dans la sphère publique.

 

9. Vos refuges pour vous extraire des turpitudes de la politique (famille, musique, voyages…….)

L.M P : Ma famille, à savoir celui qui est mon mari depuis 40 ans, nos quatre enfants et leurs conjoint-e-s, ainsi que nos sept petits-enfants. La culture, de la lecture à la musique, en passant par le théâtre et le cinéma. La marche, sur les chemins de St-Jacques ou les sentiers côtiers de Bretagne. Sans oublier la foi, l’amitié et l’engagement associatif.

 10. Dans l’exercice de la politique avez-vous déjà eu peur ? (exemples… commentaires)

 L. M P : J’ai eu peur maintes fois pour l’avenir de notre pays, face au mépris de l’autre et à la volonté d’exclure entendus notamment au sein de la Commission des institutions politiques du Conseil des États – qui traite des questions d’asile et de migration -, commission que j’ai d’ailleurs renoncé à présider pour cause d’« objection de conscience ». J’ai souvent peur aussi pour notre système démocratique, en voyant à quel point les intérêts économiques particuliers déforment l’intérêt général, notamment dans le secteur de la santé, où les assureurs-maladie et l’industrie pharmaceutique exercent une influence indue.

11. Le doute est-il une qualité nécessaire à l’exercice du « métier politique » ?

L. M P : Le doute est l’autre facette de la conviction. Une femme ou un homme politique doit posséder les deux : d’un côté, de solides convictions, des valeurs porteuses, une vision forte du monde et de la société, et de l’autre, la capacité de se remettre en question, de s’ouvrir à d’autre avis et, parfois,  d’en changer !

12. La question que vous n’auriez pas aimé qu’on vous posât ?

L.M P : « La question que vous n’auriez pas aimé qu’on vous posât ? » ! Car je n’ai rien à cacher ! Si ce n’est, bien sûr, ce qui est du ressort de l’intime et de la vie privée. Dans ce sens-là, je n’aurais pas aimé des questions indélicates, fouineuses ou carrément grossières. Comme tout le monde, je pense !

Liliane Maury Pasquier, Conseillère aux États

 

...........tout passe..........

 

 

 

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