germinal01

16/09/2010

Robert Ducret répond à "Douze questions dans la sciure"

Ce blog souhaitait publier également les réponses de personnalités qui n’exercent plus aujourd’hui aucune activité politique et dont le regard sur la Res Publica porte le poids de la distance et de l’expérience. C’est ainsi avec plaisir que « Tout passe » accueille Robert Ducret qui pendant près de quarante ans a servi sa commune de Carouge puis le canton de Genève. Conseiller municipal de 1955 à 1973, il sera élu au Grand Conseil en 1965 puis au Conseil d’Etat en 1977 où il siégera pendant douze ans à la tête du département des finances. Il deviendra en 1983 Conseiller aux Etats et représentera Genève au parlement fédéral jusqu’en 1991.

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photo : Pierre Abensur/Tribune de Genève


1. « Je crois finalement que je suis de Belgique, même si on ne sait pas très bien ce qu’est la Belgiqueon peut dire que l’on est Belge. » (Amélie Nothomb)

Savez-vous ce qu’est la Suisse ?

R.D. : La SUISSE, c’est une fédération de cantons, certains étant des Républiques, comme Genève, tous conservant leurs particularités, souvent provoquées par leurs situations géographiques, plaine, montagne, et leur voisinage, Allemagne, Italie, Autriche, France. La Suisse est une Fédération solide dans les domaines des Postes, des Chemins de Fer, de l’Armée, des Ecoles Polytechniques, de la Banque Nationale. Il y a une prééminence de certains cantons comme Zürich, et avec les sièges de grands groupes industriels commerciaux et financiers Bâle, comme Genève avec les Nations Unies, leurs institutions et la Croix Rouge.

2. Voudriez-vous citer 5 personnages (vivants ou non) qui incarnent votre idée de la Suisse ?

R.D. : Max Petitpierre, J-P. Delamuraz, Henri Schmitt, Henri Guisan et le juge fédéral Corboz.

3. « L’art de la politique c’est de savoir où il faut s’arrêter.. et d’aller un peu plus loin »
Etes-vous parfois allé plus loin ? Pourquoi/Pourquoi pas ?

R.D. : Il faut toujours aller le plus loin possible s’il le faut, mais en étant limité par les droits populaires, élections, votations, initiatives et referendums.

4. « En politique on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables. (Clemenceau)
Un commentaire ?

R.D. : Il faut accepter les positions anciennes tout en les modifiant, sachant que l’on n’est peut-être pas meilleur que le prédécesseur et que la succession sera peut-être très différente de sa propre action.

5. « Etre populaire quand on veut gouverner, cela ne s’est jamais vu » (Raymond Barre)
La popularité y veilliez-vous ?

R.D. : Dans le système « Suisse », avec les droits étendus du corps électoral, il n’est pas possible de gouverner contre l’avis de la majorité ou contre l’opinion publique, donc le succès ne vient que si l’on est au moins un peu populaire.

6. « L’instant de la décision est une pure folie » (Kierkegaard)
Comment décidiez-vous ?

R.D. : La préparation d’une décision se fait avec les spécialistes et ceux qui connaissent bien le sujet. Par exemple pour un emprunt public : consultation des représentants des banques chargées de recueillir les fonds. Pour modifier une loi fiscale : discussion avec les cadres de l’administration. Il faut toujours consulter avant de décider.

7. Pensez-vous qu’un jour la Suisse adhérera à l’Union européenne ? Le souhaitez-vous ?

R.D. : Non, car il y aurait une grande perte de droits populaires pour les citoyennes et les citoyens : disparition des initiatives, des referendums.

8. Le système démocratique suisse est-il viable à long terme ? L’aménageriez-vous ? Comment ?

R.D. : Oui et nous pourrions même être copiés par d’autres pays.

9. Vos refuges pour vous extraire des turpitudes de la politique (famille, musique, voyages…….)

R.D. : Je n’ai jamais eu besoin de m’extraire de « turpitudes ; j’en avais connu bien d’autres dans mon activité commerciale.

10. Dans l’exercice de la politique avez-vous déjà eu peur ? (exemples…commentaires)

R.D. : Non, je suis craintif mais pas peureux ; ayant toujours tout fait pour être le plus juste possible, je n’ai jamais été menacé.

11. Le doute est-il une qualité nécessaire à l’exercice du « métier politique » ?

R.D. : Il ne faut jamais être prétentieux, toujours écouter, se faire une opinion, en parler avec les proches et ensuite décider même si ce n’est pas le choix que l’on avait fait.

12. La question que vous auriez aimé qu’on vous posât ?

R.D. : Si j’ai aimé la politique ? Oui, énormément.

 

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Commentaires

Un homme touchant, attachant, l'un des grands magistrats depuis la guerre, avec Chavanne et de rares autres.

C'était l'époque où les radicaux genevois étaient encore capables de nous proposer des conseillers d'État simples, populaires, chaleureux.

C'était avant que le charbon ne devienne fossile. La Préhistoire.

Pascal Décaillet

Écrit par : Pascal Décaillet | 17/09/2010

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