germinal01

29/06/2010

Fabienne Fischer répond à douze questions dans la sciure

J'ai souhaité, en diffusant ce questionnaire, toucher également certains maires de communes genevoises et des présidents-es de parti.

Fabienne Fischer, avocate, préside les Verts (section Ville de Genève) depuis le 11 janvier 2010. Elle aura comme principale échéance : les élections municipales et administratives du printemps prochain.

  


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1.« Je crois finalement que je suis de Belgique, même si on ne sait pas très bien ce qu’est la Belgique on peut dire que l’on est Belge. » (Amélie Nothomb)
Savez-vous ce qu’est la Suisse ?

Le produit d'une longue histoire, marquée par un pragmatisme à toute épreuve.
Une construction étatique qui doit son existence à la volonté de quelques visionnaires capables de déplacer des montagnes – ah, non, justement pas: capables de composer avec les montagnes (et les montagnards) dans leurs projets.
Une anomalie : un si petit pays, une si petite population, en plein cœur d'une Europe de grandes puissances, qui veut jouer dans la cour des grands et agace un peu tout le monde.
Le mélange étonnant de la couardise du caissier et du courage de l'alpiniste.
Des paysages d'une beauté renversante.
Un enchevêtrement de cultures, de langues, de traditions, d'immigration, de niveaux de richesse, qui provoquent tout à la fois de forts sentiments identitaires et une grande ouverture à la diversité.
Une terre d’asile, une terre d'émigration, une terre d’immigration.
Un lieu sûr pour ceux qui pensent que l’argent n’a pas d’odeur.

2. Voudriez-vous citer 5 personnages (vivants ou non) qui incarnent votre idée de la Suisse ?

Incarnent la Suisse ouverte, responsable, solidaire et démocratique:

Paul Grüninger : commandant de police du canton de Saint-Gall qui a refusé de refouler les Juifs fuyant les pogroms nazis en 1938-1939.
Carla del Ponte : juge au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, tenace et opiniâtre dans la traque des criminels de guerre, génocidaires et autres auteurs de crimes contre l'humanité.
Jean Ziegler : sociologue et militant socialiste pourfendeur des compromissions de la Suisse avec les régimes les plus odieux de la planète pour servir les intérêts des grands financiers suisses.
Ruth Dreyfus : militante syndicaliste et féministe, elle a incarné pour beaucoup de femmes de ma génération le combat pour l'égalité entre hommes et femmes et le progrès social.

Incarne la Suisse fermée, égoïste et réactionnaire

Elisabeth Kopp : première femme conseillère fédérale, radicale, elle incarne la collusion entre les milieux financiers de la Bahnhofstrasse à Zurich et la Berne fédérale.

3. « L’art de la politique c’est de savoir où il faut s’arrêter et d’aller un peu plus loin »
Allez-vous souvent plus loin ? Pourquoi/Pourquoi pas ?

En politique, il faut toujours aller plus loin: il faut savoir proposer un avenir, le construire. Il faut vouloir changer le monde, le rendre meilleur – déjà simplement vivable – et durable! – pour  toutes et tous.
Une politique de stricte gestion ne présente, à mes yeux, aucun intérêt.
Je suis mue par le désir de contribuer à garantir l'avenir de nos enfants par les décisions qui doivent être prises ici et maintenant.
… par le désir de contribuer à l'amélioration du sort des plus démunis; il faut partager le gâteau, que les parts soient équitables!
… par le désir de contribuer à faire cesser les comportements irresponsables (je pense aujourd'hui aux agissements de BP dans le Golfe du Mexique...).
… par le désir de contribuer à un monde plus libre (libre des diktats du consumérisme par exemple), plus égalitaire (par exemple entre hommes et femmes, mais aussi dans le partage des ressources – finies – de la planète) et plus solidaire (je ne pourrais jamais admettre que l’on renfloue UBS à coups de milliards, mais que la solidarité à l'égard d'un requérant d'asile s'arrête à 10.- francs par jour).

 

4. « En politique on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables. (Clemenceau)
Un commentaire ?

Clémenceau a-t-il eu la lucidité de se qualifier lui-même?
Voilà bien le pire défaut des politiques : penser être l'unique, le seul...
Je ne me reconnais pas dans la manie des politiques de traiter tout un chacun d'abruti, ami ou ennemi.
Faire de la politique, c'est pressentir une infinité de possibilités d'actions et ne pouvoir en réaliser que quelques unes. L'intelligence politique est de savoir réaliser les projets emblématiques de son idéal.

5. « Etre populaire quand on veut gouverner, cela ne s’est jamais vu » (Raymond Barre)
La popularité y veillez-vous ?

Je suis attentive à donner une image de moi qui correspond à celle que je suis : une personne de conviction et déterminée dans l'action. Je ne cherche pas à être populaire au sens où je ne confonds pas l'amour et la politique. Mais je suis toujours heureuse d'avoir su gagner l'adhésion de mes interlocuteurs à mes propositions.

6. « L’instant de la décision est une pure folie » (Kierkegaard)
Comment décidez-vous ?

Je crois à l'intelligence collective, en particulier en politique : je prends le temps consulter les spécialistes du thème, les stratèges et les communicateurs; je prends le temps de discuter dans les instances du parti, pour que chacun contribue à la formation de la décision.
Je crois également à la responsabilité propre de chacun: dans ma sphère de compétence, il m'appartient de trancher et d'en assumer les conséquences.

7. Le système démocratique suisse est-il viable à long terme ? L’aménageriez-vous ? Comment ?

La démocratie suisse a été pionnière, en 1848, lorsque tous les Etats européens peinaient à mettre leurs familles royales au rebut de l'histoire.
Le système alors créé a démontré une immense capacité d'adaptation et d'intégration (par exemple, en vrac: création d'un nouveau canton; entrée des socialistes au Conseil fédéral – bientôt des Verts?; mise en place de l'AVS; signature de la paix du travail; …)
Il a son rythme propre, qui apparaît aujourd'hui – alors que sainte immédiateté règne sans partage – insupportablement lent, notamment lorsque nos rapports avec le reste du monde exigent une grande réactivité.
Or, à en croire Jean de La Fontaine, la tortue n'est pas forcément moins efficace que le lièvre.
Je pense néanmoins que le fonctionnement de nos institutions, notamment fédérales, peut et doit être amélioré. Il faut en finir avec l'esprit de clocher (non, je n'ai pas dit minaret...) cantonal, et nous doter d'un gouvernement fédéral capable de positionner la Suisse intelligemment dans les relations internationales. Les Verts suisses ont déjà fait des propositions en ce sens.

8. Pensez-vous qu’un jour la Suisse adhérera à l’Union européenne ? Le souhaitez-vous ?

Joker !

9. Vos refuges pour vous extraire des turpitudes de la politique (famille, musique, voyages…….)

Je me ressource en famille. Beaucoup de rires, de connivences; des relations fortes avec mon compagnon et chacun de mes enfants ; lorsque j'assume les petites et grandes tâches d'une mère de famille, j'ai le sentiment d'être la bonne personne au bon endroit et au bon moment... c'est loin d'être toujours le cas en politique!
J'ai aussi l'immense chance de ne pas être une politicienne professionnelle, mais d'exercer l'activité passionnante d'avocate.
Bien qu'il faille souvent jongler, je trouve une grande harmonie à cultiver tout à la fois mon lopin familial, mon jardin professionnel et ma plate-bande politique!

10. Dans l’exercice de la politique avez-vous déjà eu peur ? (exemples…commentaires)

Oui, je me souviens d'avoir eu peur trois fois – au moins!
En 1987, à Moscou, à l'occasion d'un voyage privé; je devais contacter un opposant au régime soviétique. J'avais dû cacher son numéro de téléphone sur moi, et j'ai eu peur lors du passage de la frontière; j'ai eu peur encore en essayant de le joindre par téléphone, sans attirer l'attention de mes compagnons de voyage. C'était compliqué, il ne fallait pas appeler depuis l'hôtel, car le téléphone était surveillé, de même que les cabines alentour. Je craignais pour la personne à contacter – une maladresse pouvait être lourde de conséquence pour elle – pour mes compagnons de voyage et pour moi-même...
A l'été 1989, à Berlin, trois mois avant la chute du mur. Je devais apporter des revues et divers documents à un opposant à Berlin Est. Au passage de la frontière à Friedrichstrasse, la littérature qui se trouvait dans mon sac suffisait à me faire arrêter. J'ai eu très peur. Ensuite, errer un peu dans Berlin avant de me rendre à l'adresse indiquée; puis sonner à une porte inconnue, en espérant ne pas me tromper... Le soir, j'ai dû sans faute annoncer mon retour à Berlin ouest, sans quoi l'alerte aurait été donnée pour me retrouver...
En février 1990 enfin, peu après l'ouverture des frontières de l'Allemagne de l'Est. Je faisais une tournée dans le cadre d'une campagne contre le rétablissement du travail de nuit des femmes dans les industries, qui se discutait à l'OIT. A l'époque, les « Montagsdemo » de Leipzig réunissaient plus de 20'000 personnes chaque semaine. J'ai été invitée à m'exprimer – en allemand! – à cette occasion, du haut du balcon de l'opéra. J'ai eu le plus grand trac de ma vie...

11. Le doute est-il une qualité nécessaire à l’exercice du « métier politique » ?

Oui – et non. Oui il est opportun de douter régulièrement de la pertinence de son action politique. Mais dans l'action, une fois les décisions prises, le doute est mauvais conseiller.

12. La question que vous auriez aimé qu’on vous posât ?

Que pensez-vous de la représentation des femmes dans la vie politique suisse ?

11:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Les réponses sont bien vertes, c'est-à-dire un peu convenues et très PC...
Mais les questions sont excellentes. Merci de les avoir posée!

Écrit par : jmo | 29/06/2010

Bravo pour cette initiative et bravo à Fabienne.

Écrit par : Dramé | 29/06/2010

Heureux de retrouver la Fabienne que nous avons connue au 7 Grand'Portes...
Merci pour ta lucidité et la logique très humaine, voire humaniste, qui en découle...
Si les réponses sont bien vertes, un peu convenues et très PC, comme reproché plus haut, elles nous confirment que tu n'a pas mis tes convictions sous ton mouchoir, dans ta poche ce qui nous réjouit beaucoup.

Écrit par : Pierre Tissot | 30/06/2010

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