germinal01

22/06/2010

Pierre Maudet répond à douze questions dans la sciure

Pierre Maudet a été élu au Conseil administratif de la Ville de Genève en 2007. Il est actuellement vice-président du Conseil administratif et dirige le département de l'environnement urbain et de la sécurité. Il brigue au printemps prochain un deuxième (second ?) mandat.


 

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1. « Je crois finalement que je suis de Belgique, même si on ne sait pas très bien ce qu’est la Belgique on peut dire que l’on est Belge. » (Amélie Nothomb)
Savez-vous ce qu’est la Suisse ?

 P.M. : La Suisse, c’est d’abord et surtout une certaine idée du « vivre ensemble », de la volonté résolue et du goût de l’effort.

2. Voudriez-vous citer 5 personnages (vivants ou non) qui incarnent votre idée de la Suisse ?

P.M. : Guillaume-Henri Dufour, Gottlieb Duttweiler, Paul Grüninger, Pipilotti Rist… et ma mère (née dans les Grisons, parlant les quatre langues nationales et mariée à un « étranger », naturalisé depuis).

3. « L’art de la politique c’est de savoir où il faut s’arrêter… et d’aller un peu plus loin »
Allez-vous souvent plus loin ? Pourquoi/Pourquoi pas ?

P.M. : Il n’est pas rare que j’envisage d’aller « un peu plus loin ». Un peu de culot permet bien souvent de débloquer une situation ou d’envisager un problème sous un autre jour. Mais il faut en user avec parcimonie, car l’excès en politique se retourne tôt ou tard contre son auteur qui perd vite de son effet lorsqu’il est catalogué, à tort ou à raison, parmi les jusqu’au-boutistes.

4. « En politique on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables. (Clemenceau)
Un commentaire ?

P.M. : N’ayant pas encore été remplacé, je ne peux pas juger pour la seconde partie de la citation. Quant à la première, le cas de mon prédécesseur est encore pendant devant la justice genevoise ; j’éviterai donc de me prononcer en l’état…

5. « Etre populaire quand on veut gouverner, cela ne s’est jamais vu » (Raymond Barre)
La popularité y veillez-vous ?

P.M. : Affirmer le contraire serait d’une hypocrisie rare pour une personnalité politique. Cependant, lorsque l’on siège dans l’Exécutif d’une grande ville, on se rend vite compte que la popularité ne peut pas être une boussole, sous peine de perdre le nord (et surtout la confiance de la population) en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. J’ai donc pour principe de me contenter de veiller à ne pas devenir trop impopulaire. Pour le reste, j’applique la maxime : « Bien faire et laisser braire ! ».

6. « L’instant de la décision est une pure folie » (Kierkegaard)
Comment décidez-vous ?

P.M. : Je prends en moyenne une cinquantaine de décisions par jour. Toutes font l’objet d’une pesée d’intérêt plus ou moins complexe – pour ne pas dire d’un arbitrage – fondée sur l’intérêt général et basée sur la recherche d’une perspective équitable et juste pour celles et ceux qui devront la subir. Quand le doute domine, je prends conseil auprès de plusieurs personnes, je m’isole et je tranche. Dans tous les cas, j’assume seul. Une solitude bien réelle dans l’exercice du pouvoir exécutif…

7. Pensez-vous qu’un jour la Suisse adhérera à l’Union européenne ? Le souhaitez-vous ?

P.M. : Mais la Suisse est déjà dans l’UE ! Comme membre passif. La question est plutôt de savoir si elle veut continuer encore longtemps de subir plutôt que de participer. Je souhaite aujourd’hui qu’elle s’implique pleinement, ne serait-ce que parce qu’il s’agit là d’un enjeu de souveraineté réelle.

8. Le système démocratique suisse est-il viable à long terme ? L’aménageriez-vous ? Comment ?

P.M. : Les valeurs (liberté, égalité, solidarité, etc.) sur lesquelles repose la démocratie suisses sont intemporelles et je me montre volontiers conservateur en la matière. Les structures (institutions, répartition des compétences entre cantons et Confédération, etc.) qui la concrétise doivent en revanche évoluer profondément, au risque de bouleverser quelques équilibres en réalité déjà rompus. Quant à savoir comment elles doivent évoluer, la place me manque pour développer mais je reste à disposition sur www.pierremaudet.ch. ;-)

9. Vos refuges pour vous extraire des turpitudes de la politique (famille, musique, voyages…….)

P.M. : Il est de toute façon très difficile de s’extraire complètement, car quand on s’occupe de la sécurité et de la salubrité d’une ville, on est tout le temps et partout sollicité dès que l’on sort de chez soi.  Ceci dit, dans une sphère plus privée, l’éducation de mes deux enfants m’en apprend davantage sur la politique (négociation, manipulation, communication, etc.) que de nombreux rendez-vous et séances. Je joins donc l’utile à l’agréable en me ressourçant en famille. Pour le reste, j’ai mes violons d’Ingres… que je garde pour mon épouse et pour moi.

10. Dans l’exercice de la politique avez-vous déjà eu peur ? (exemples…commentaires)

P.M. : Bien sûr ! Peur d’échouer. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de décevoir. En revanche, je n’ai jamais eu peur pour mes idées, pour ma famille, pour mon intégrité personnelle. Et c’est vraiment une chance extraordinaire que de faire de la politique dans un pays où les libertés – publiques et privées – sont consacrées et garanties.

11. Le doute est-il une qualité nécessaire à l’exercice du « métier politique » ?

P.M. : Assurément. Au même titre que la foi (au sens laïc du terme). Croire en ce que l’on fait et en douter parfois sont deux aspects à mes yeux indissociables de l’exercice de la politique.

12. La question que vous auriez aimé qu’on vous posât ?

P.M. : Je pense qu’il eût fallu que cette question comportât un subjonctif imparfait… La conjugaison du propos et la concordance des temps, c’est tellement précieux en politique !


Je remercie Pierre Maudet d'avoir répondu à ces questions.
p.l.

prochaines parutions : Fabienne Fischer, Sandrine Salerno, Robert Cramer, Martine Brunschwig-Graf, Alain Vaissade.........

 

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Commentaires

Ainsi, Pierre Maudet aurait peur d'échouer.

Cela me remet en mémoire cette parole de Franklin D. Roosevelt : "le pire n'est pas d'échouer, mais de ne pas avoir cherché à réussir.".

Écrit par : Philippe Marton | 22/06/2010

Les deux Pierre ont placé la barre assez haut... Mais une question grammaticale m'obsède, M. l'instituteur: "Second" est-il synonyme de "2ème et dernier" ou juste de "2ème" ? Je n'avais jamais entendu la première acception avant de travailler à Genève. Ni en France, ni à Neuchâtel, où l'on se pique de parler un excellent français (quoique mâtiné de quelques germanismes prussiens, à mon avis). Et l'on m'a assuré qu'elle ne se trouvait ni dans l'écrevisse ni dans le veau gela...

Écrit par : Philippe Souaille | 22/06/2010

Pierrot, laisse le tranquille ce jeune louveteau, cesse donc !

Écrit par : Corto | 22/06/2010

@phSouaille
la parenthèse est volontaire....je pense qu'après deux mandats (s'il est élu)M.Maudet passera à autre chose, un ailleurs qui lui appartient.
p.l.

Écrit par : pierre losio | 22/06/2010

... Dans la sciure de mouche?

En fait, suite à l'utilisation de l'expression "turpitudes de la politique", dans une des questions ci-dessus, la mienne n'est plus vraiment indispensable!

PS: Il est bizarre que les commentaires ne passent pas du site TdG à celui de 24Heures, même si le texte est publié sur les deux.

Écrit par : Baptiste Kapp | 22/06/2010

@Baptiste
....ma cancrerie informatique étant insondable je ne puis répondre à votre question concernant Tribune et 24heures

Écrit par : pierre losio | 22/06/2010

(HUMOUR) MINET REPOND A DOUZE QUESTION DANS LA SCIURE !

1. « Je crois finalement que je suis de Belgique, même si on ne sait pas très bien ce qu’est la Belgique on peut dire que l’on est Belge. » (Amélie Nothomb)
Savez-vous ce qu’est la Suisse ?

Minet : La Suisse, c'était une certaine idée du mieux vivre, un cocon placé au centre de l'Europe, mais aujourd'hui, la Suisse, c'est une image brouillée d'une carte postale qui ne fait plus rêver.

2. Voudriez-vous citer 5 personnages (vivants ou non) qui incarnent votre idée de la Suisse ?

Minet : Adolf Ogi, Roger Federer, Henri Dunant, Ernesto Bertarelli, Salika Wenger

3. « L’art de la politique c’est de savoir où il faut s’arrêter… et d’aller un peu plus loin »
Allez-vous souvent plus loin ? Pourquoi/Pourquoi pas ?

Minet : Aller plus loin c'est avancer un peu plus et repousser ainsi l'instant où il faudra savoir véritablement s'arrêter, on appelle aussi ça l'évolution. Le véritable problème, c'est qu'en politique, soit la peur arrête les gens et les idées, soit l'excès n'arrête personne sur ces instants de réflexions pourtant nécessaires à toute évolution.

4. « En politique on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables. (Clemenceau)
Un commentaire ?

Minet : En politique, on a les élus qu'on mérite, tout en sachant que le choix n'est pas aussi important que l'on pourrait le souhaiter, pas en nombre, mais en qualités, humainement et en personnalités représentatives de nos attentes.

5. « Être populaire quand on veut gouverner, cela ne s’est jamais vu » (Raymond Barre)
La popularité y veillez-vous ?

Minet : Ce n'est pas parce que cela ne s'est jamais vu que l'on doit persister dans un tel système de valorisation des élus, des gens, des idées. En effet, se sont les décisions qui sont souvent impopulaires, mais elles ne justifient en aucun cas que l'on ne peut pas être populaire à travers les idées de gouvernance que l'on veut apporter. Par contre, un élu qui ne prendrait que des décisions impopulaires devrait alors juste se contenter de « Bien faire et laisser braire ! ».

6. « L’instant de la décision est une pure folie » (Kierkegaard)
Comment décidez-vous ?

Minet : La folie est faite pour être vécue, lors des défaites ou des victoires, même sur un seul instant, dans les secondes d'une décision qui elle ne sera jamais une folie.

7. Pensez-vous qu’un jour la Suisse adhérera à l’Union européenne ? Le souhaitez-vous ?

Minet : La véritable question est de savoir où vont l'UE et la CEE. Devrons-nous suivre un troupeau si nombreux qu'il va laisser les plus faibles sur le bas-côté. La question est plutôt de savoir si la Suisse veut mettre les mains, et les pieds dans un engrenage dont les derniers rouages demeurent une véritable inconnue pour l'avenir.

8. Le système démocratique suisse est-il viable à long terme ? L’aménageriez-vous ? Comment ?

Minet : Pour de nombreux pays, notre système démocratique demeure un exemple, il n'y a donc aucune raison de l'aménager, même si nous sommes tous conscients que le Conseil Fédéral devrait changer de forme.

9. Vos refuges pour vous extraire des turpitudes du travail (famille, musique, voyages…….)

Minet. : Le seul moyen de s'extraire un instant, c'est de s'évader du monde réel. La lecture est la plus grande porte ouverte pour prendre de la hauteur, du recul. A travers l'écriture également l'on peut trouver une fuite partielle des turpitudes, mais à partir du moment où l'on devient créatif, la réflexion passe bien souvent par nos repaires quotidiens, tels que nos valeurs, notre famille, notre travail malheureusement.

10. Dans l’exercice auprès des politiques avez-vous déjà eu peur ? (exemples…commentaires)

Minet : Bien sûr ! Peur de ne pas convaincre. Peur de ne pas être crédible. Peur de décevoir les miens, mais en aucun cas peur des politiques, ils ne sont que le reflet des idées des autres, ils peuvent donc devenir le reflet des nôtres.

11. Le doute est-il une qualité nécessaire à l’exercice du « métier politique » ?

Minet : Le doute est un garde-fou en politique, il l'est même au quotidien pour l'humain, dans ses choix, dans ses idées, dans ses décisions, dans ses choix, mais il demeure un passage obligé à l'évolution du genre.

12. La question que vous auriez aimé qu’on vous posât ?

Minet : Vous ne ferez donc jamais de politique ?

Écrit par : Minet | 22/06/2010

@M.Minet
pour la question 12...hmmmm votre activité ne fut pas que syndicale (c'est un constat rien d'autre).... on aura une réponse au printemps prochain ou en 2013 en ce qui vous concerne.....vous avez le temps de mûrir votre décision mais aujourd'hui je pense que votre réponse sera : "Si, j'en ferai".
Reste à savoir où ? Et ne me dites pas au centre...vous savez très bien que le centre est un lieu géométrique mais qu'en politique le centre ça n'existe pas.
merci de votre contribution à ce questionnaire
p.l.

Écrit par : pierre losio | 22/06/2010

C'est un quetionnaire qui va à vau-l'eau! Minet râle!

Écrit par : Baptiste Kapp | 22/06/2010

M. Guy-Olivier Segond (GOS pour les intimes) a fait deux mandats et demi au Conseil administratif de la Ville de Genève. Donc un deuxième mandat pour Pierre M. et pas un second...
Pierre L. tu compliques!

Écrit par : Broggini | 22/06/2010

Cher Pierre L. tu as répondu à ma question de fond (quoique non formulée, car à mon avis, la réponse était évidente) mais tu n'as pas répondu à ma question de forme, qui était ma vraie question: Dire qu'après second il n'y aura pas de troisième, c'est-y correct ou non ? Moi je n'en sais rien, et je n'aime pas pas savoir...

Écrit par : Philippe Souaille | 22/06/2010

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