germinal01

30/04/2010

La mauvaise foi est la chose du monde la mieux partagée (Descartes)

Le Madison Square d’Uni Mail était bien garni hier soir ; on y donnait, par gladiateurs interposés, un texte brûlant d’actualité « Décroissance ou développement durable ? » mis en scène notamment par le ROC( réseau objection de croissance) ; public attentif, des post-babas, des bobos, des étudiants-es (beaucoup), des croyants, des Verts, un député radical, un ancien maire de la Ville, un ancien conseiller d’Etat, des fundi, des fans de Dany le Vert (zont en pris plein la tronche) des scientifiques, des scientistes et sûrement quelques ratons-laveurs. Je ne sais pas si Michel Chevrolet était là.


Question préjudicielle : pourquoi sur les affichettes annonçant le défi le nom du professeur émérite (qui donc n’enseigne plus) figure-t-il en plus gros caractères que celui du professeur ordinaire de l’EPFL ? Ca me turlupine car pendant sa conférence M.Latouche a parlé en termes très durs de la publicité, du marketing, qui nous vendent en larges lettres ce dont on pourrait se passer : par exemple ce vedettariat et en fin de compte, M.Latouche lui-même.

Mais bon, il a bien parlé, le prétexte était bon et le texte aussi. Des exemples à profusion, les noms de ses récents commensaux (dont on n’a rien à cirer), des constats qui doivent nous inquiéter, des anecdotes quand l’attention des fidèles se relâche, des analyses qu’on retrouve chez Baudrillard, des jeux de mots accrocheurs (« le pot de fer contre le pot de vin »…. j’aurais dit plus graveleusemet « le pot de fer contre le pot de chambre ») des citations par brassées : IIlitch, Descartes, Kissinger, Gunther Anders, le sous-commandant Marcos, Woody Allen, Groucho Marx (il ne manquait plus que Chris Mc Sorley), des poncifs (« le rêve est devenu un cauchemar »). Blèfle des mots, des mots, pour parler de ces maux terribles qui ne sont déjà plus des menaces, l’auto-alimentation de la chaudière nommée séduction…..et quand même quelques graphiques. MOLTO FUMO POCO ARROSTO….car quand il s’est agi d’expliquer concrètement ce qu’il conviendrait de faire (le Que faire ? de Lénine), comment agir, individuellement, politiquement avec quelle gouvernance, locale, globale, on a eu droit à une allusion à la Constitution équatorienne, à la sagesse millénaire des amérindiens, à l’organisation de la résiliance en Grande-Bretagne et à une fresque émouvante de Barjac dans les Cévennes ! Je ne propose rien…..j’évoque…

Mais M. Latouche vous avez du fromage de chèvre dans le blanc des yeux ! Nous les Verts qui, je vous cite « ne sommes pas très brillants et qui avons perdu notre âme » avons besoin de gens comme vous pour construire concrètement cette société d’abondance frugale….con-crè-te-ment, avec des solutions a-ppli-ca-bles, pas avec un festival d’adjectifs séduisants. On vient volontiers manger le cassoulet avec vous, boire des coups, refaire le monde autour de la table et on rentre tard avec le SAMU….mais l’élégance de votre rhétorique très IVème république ne fait con-crè-te-ment pas avancer le schmilblik….elle a cependant une grande qualité :elle facilite la prise de conscience des âmes ( non j'ai pas dit sensibles.)

………..tout passe……..

Ps : les propos ci-dessus n’engagent en rien la Congrégation de la Doctrine de la Foi de mon parti….et j’espère (en fait je suis persuadé) que le bon président Rochat n’engagera pas de procédure d’exclusion à mon endroit J

11:51 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook | | | |

Commentaires

aaaahhhh le Que Faire ? de Lénine ........
celui-là m'a bien plus marquée et à mon avis mérite bien plus une lecture intelligente et décalée (ben oui, on a bientôt pris un siècle, non ?!) que la profusion de grands développements personnels et autres trucs pour paresseuses du bulbe qui tapissent les stands du Salon du Livre ;-)
mais bon... moi c'que j'en dis...
merci Pierre pour ce billet !

Écrit par : Anita | 30/04/2010

Le vieux truc de "la critique est aisée, mais l'art est difficile". L'art étant ici celui de diriger la cité, donc de faire de la politique, de gérer l'économie, le chômage, la santé publique, tous ces trucs insignifiants...
En fait, ce type de conférence n'est-il pas un business comme un autre? A moins bien sûr que l'ex-prof n'ait pas été défrayé (et soit venu à pied, ou en charrette à boeufs?), et n'ait pas de livres à vendre... Ou alors copié à la main par une pleine cargaison de moines quelque part dans un pays émergent où ce serait pour eux le seul moyen de gagner leur vie, puisque leur pays n'aurait plus le droit d'émerger...

Écrit par : Philippe Souaille | 30/04/2010

Après avoir longuement épluché les statuts du parti, interrogé les plus sages d'entre nous sur la coutume et le droit s'y appliquant, humé l'air environnant, dépecé quelques innocents animaux pour y lire dans leurs entrailles, je suis arrivé à la conclusion imparable qu'il n'y avait rien de solide pour entamer un autodafé à l'encontre d'un Vert réclamant du concret dans le "Que faire".

Va en paix, cher Pierre.

Le (bon) président Rochat

Écrit par : Rochat | 30/04/2010

Je vous trouve dur. Et d'assez mauvaise foi, justement.

Je comprends votre position de député ancré dans le quotidien qui travaille à un tout autre niveau que celui, philosophique, idéologique, auquel travaille Latouche. Et les grandes idées sont toujours un préalable indispensable à une application pratique... à vous, à nous d'inventer les voies pour nous sortir de l'impasse.

En plus, Latouche a quand même pointé quelques exemples précis.

Pourquoi dire que ce ne sont que des évocations alors que vous avez les outils pour les mettre en oeuvre... au moins partiellement.

Pourquoi les constituants verts ne proposent pas d'ancrer dans la constitution genevoise le respect de la nature et le droit à l'eau comme l'ont fait les boliviens (plutôt que de se contenter avec une grande mollesse d'une espèce d'évocation de grands principes creux comme le "développement durable")?

Latouche a évoqué la publicité comme le moteur du système qui nous mène dans le mur, pourquoi ne pas faire une motion pour interdire (ou au moins diminuer drastiquement) la publicité dans l'espace public genevois? Il a parlé des Transition Towns, pourquoi ne pas faire une motion pour que Genève s'engage dans ce réseau? (http://fr.wikipedia.org/wiki/Ville_en_transition)

Pour ceux que ça intéresse, voici l'enregistrement de la soirée d'hier avec Latouche et Pütggen :
http://lachaine.ch/spip/spip.php?article179

Ce n'est pas tout, si vous aviez entendu Paul Ariès il y a quelques mois à la Maison des Associations, il a passé la moitié de son intervention à parler de solutions con-crètes. L'enregistrement intégral de cette soirée avec Paul Ariès est disponible ici :
http://lachaine.ch/spip/spip.php?article132

PS : Je conçois bien que certaines des solutions évoquées par les objecteurs de croissance puissent vous paraître irréalistes dans le cadre des rapports de force actuels (revenu minimum/salaire maximum - gratuité de l'usage/renchérissement du mésusage, fin de la pub, remise en cause de la croissance, etc.) mais étant donné que ce mouvement et ces idées séduisent de plus en plus de monde (cf. les 400 pers. hier à Uni-Mail!), il n'est pas exclu que les rapports changent bientôt. Les gens ne sont pas idiots, ils savent bien qu'une croissance infinie est impossible et que toute l'économie actuelle repose sur un immense mensonge. Cette étoile que nous voyons encore briller mais qui est morte depuis longtemps... comme le disait si bien Latouche...

Écrit par : T.S. | 30/04/2010

Je suis également sorti perplexe de ce débat (exactement comme lors d'une conférence d'il y a un an, sur le même sujet, de Jacques Grinevald); longue description des raisons qui poussent à chercher une autre direction de "développement" (mais les personnes présentes avaient-elles besoin de ce rappel ?), mais très peu de pistes pour la mise en oeuvre, au quotidien, de décisions qui pourraient dangereusement être récupérées par des personnes avides de pouvoir, qui en feraient une nouvelle religion intransigeante -on parlait hier d'"éco-fascisme".
Bien souvent il m'a semblé que le "contradicteur" proposait des pistes raisonnables, pas assez discutées, mais que Mme Solari a malheureusement, bien médiocrement, poussé la discussion vers une confrontation (aidée et encouragée par les applaudissements (?!) d'une partie du public à certaines paroles, les entrainant ainsi vers un "combat" peu ragoûtant) alors qu'il aurait été plus malin de discuter et d'avancer ensemble...

Écrit par : Jean Dekkers | 30/04/2010

Je pense que si on est d'accord sur le constat, que cette société de croissance n'est pas durable alors les solutions viennent assez naturellement. Simplement elles demandent du courage politique.

Une seule illustration :

Quand on sait qu'une croissance infinie des ressources est impossible, alors la question centrale est le partage de ces ressources, donc des richesses. L'idée d'un revenu minimum couplé à un revenu maximal autorisé (c'est-à-dire l'inverse d'un bouclier fiscal) est à mettre sérieusement sur la table. Sauf que les Verts (mais peut-être pas Pierre Losio?) en sont à voter un bouclier fiscal, c'est-à-dire l'inverse exact de ce qu'il faudrait faire.

La décroissance implique évidemment une sortie du capitalisme, en ce sens tout centimètre de service public privatisé est un recul de ce point de vue... Les Verts sont-ils prêts à défendre la socialisation et le contrôle démocratique des ressources?

Écrit par : T.S. | 30/04/2010

@ T.S.
Ah....mais P.Ariès est d'un autre calibre ! Je l'ai entendu récemment contre Arthus-Bertrand et la soi-disant maîtresse de Sarkosy (Chantal Jouannot) et bien des solutions concrètes il en a décliné beaucoup, et des pertinentes. C'était chez Guillaume Durand.
Cela dit à 68 contre 32 au Grand Conseil ce n'est pas facile de faire aboutir quelque chose.........mais vous avez p'têtre raison de me (de nous) secouer. Il faudrait être plus comba(t)tif..... quoique nous n'ayons pas l'impression de nous la jouer charentaises....
cordialement
p.l.

Écrit par : pierre losio | 01/05/2010

@yvan rochat
Merci mon président de ton insondable magnanimité.
p.l.

Écrit par : pierre losio | 01/05/2010

Paul Aries reprochait à Arthus-Bertrand d'utiliser l'hélico pour ses photos de la Terre. Ridicule. Mais quand Pujadas lui a demandé, à trois reprises, comment il viendrait sur le plateau parisien depuis Avignon, Paul Aries, en bon pro de la politique langue de bois, a évité à chaque fois de donner une vraie réponse.

Violent dans ses propos, jouant au justicier avec les autres, mais pas vraiment courageux le Paul quand il s'agit de dire comment et combien il pollue... Cette petite séquence, ajoutée à sa violence, me le rend incompatible.

Écrit par : hommelibre | 01/05/2010

TS s'extasie d'avoir partagé la réunion décroissante d'Unimail avec 400 personnes. Mais au Salon du Livre, il y a 100 000 visiteurs... Et au Salon de l'Auto, un million... Voilà l'échelle des valeurs politiques et démocratiques avec lesquels il faut composer. A moins bien sûr de prôner la révolution violente, ce qui n'est pas davantage à l'ordre du jour, vu le rapport de force. Sans compter que la violence est très très gaspilleuse d'énergie et de biens divers.

Par ailleurs lorsque les Boliviens réclament le droit à l'eau, ce n'est pas spécialement écologique. Ils veulent juste un accès à l'eau potable qui soit subventionné et ne dépende pas des lois du marché. L'objection de croissance, cela aboutit à limiter la quantité d'eau disponible pour chacun. Pas à la rendre moins chère.

Les Boliviens revendiquent aussi la mémoire du waru waru inca. Un système de réservoirs qui permettait d'organiser l'irrigation et l'approvisionnement des populations avant l'arrivé des espagnols. Mais les quantités d'eau considérées comme nécessaires par un individu à l'époque n'ont rien à voir avec celles de maintenant. Et le nombre d'îndividu aussi à évolué, puisqu'il a au moins triplé depuis l'époque inca... La quantité d'eau disponible, elle est restée la même.

Il y a au moins deux hiatus fondamentaux entre l'objection de croissance prônée par quelques intellectuels occidentaux, les habitudes de consommation des populations occidentales et les aspirations légitimes et très largement majoritaire des populations émergentes, sans compter celles qui n'ont même pas encore commencé à émerger, mais qui ne rêvent que de ça ! Quand les adeptes de la décroissance et les altermondialistes auront compris cela, on pourra commencer à discuter d'objectifs réalistes... Et des meilleurs moyens de les atteindre.

Écrit par : Philippe Souaille | 01/05/2010

Il semble Pierre que tu sois tombé aussi bas que M. Mabut...

Je réponds à ta 1ère question :

"Question préjudicielle : pourquoi sur les affichettes annonçant le défi le nom du professeur émérite (qui donc n’enseigne plus) figure-t-il en plus gros caractères que celui du professeur ordinaire de l’EPFL ? Ca me turlupine car pendant sa conférence M.Latouche a parlé en termes très durs de la publicité, du marketing, qui nous vendent en larges lettres ce dont on pourrait se passer : par exemple ce vedettariat et en fin de compte, M.Latouche lui-même."

Cette conférence fait suite à la venue -exceptionnelle- à Genève, du professeur Latouche, qui ne voyage pas beaucoup contrairement à tous les professeurs modernes de nos riches universités occidentales.

Püttgen a accepté d'être là en tant que chargé de donner la réplique. D'où la nuance de taille quant aux caractères sur le flyer. Bien sûr cela se discute, mais faire un lien entre le marketing et le vedettariat, avec un personne telle que Latouche, c'est soit faire preuve de mauvais esprit, soit mal connaître le personnage, qui refuse les interviews (sauf pour les journaux qui maintiennent une certaine étique, voire à ce propos son interview dans le Courrier du 3 mai), et ne demande pas d'argent lorsqu'ils se déplacent, acceptant de dormir chez l'habitant.

Mais passons.

Je remarquerai d'emblée que tu étais là, contrairement aux les médias dominants, à l'image de la tribune de genève (qui n'a pas répertorié l'événement, ne se déplaçant pas à la conférence de presse organisée avec le professeur Jacques Grinevald), et que tu as pris la peine d'écrire quelque chose, donc tu n'as pas été indifférent, comme ces masse médias qui préfèrent botter en touche la réflexion. Mais tu sembles faire de même que certains, qui réduisant Latouche à un vantard idéologue incapable de fournir à un public venu attendre la révélation des réponses concrètes à appliquer demain pour que d'autres mondes soient possibles. Facilité et mauvais esprit font bon ménage.

L'idée de promouvoir une société de la frugalité heureuse et de décoloniser un imaginaire (largement marqué par l'universalisme moderne version néo-colonialisme) qui ne sait plus se mettre des limites ne suffit donc pas pour vous combler, la subversion n'est sans doute pas assez de taille pour des adeptes convaincus de la décroissance, comme toi et moi.

Malheureusement en bons biens pensants extralucides et bobos écoutant leur idole, nous n'avons pas reçu en sortant un programme en 12 points capables de révolutionner notre bonne vieille démocratie helvétique, avec, si possible, la marche à suivre dans les 4 langues nationales.

Or, la décroissance rejette beaucoup mais propose beaucoup aussi, et même Serge Latouche.

Il met en avant le "pluriversalisme", en citant justement les exemples qui se déclinent ailleurs, avec une même prise de conscience des méfaits de la croyance en la croissance illimitée, mais selon des valeurs propres à chaque civilisation et tradition. Il existe des esquisses de réponses en Amérique du Sud et ailleurs.

Il faut rappeler à ce propos qu'une des particularités de la décroissance réside dans le fait de privilégier la diversité et la pluralité des options. Cette approche forcément s'éloignent des schémas normatifs, afin que chaque communauté invente elle-même son propre modèle de société.

Mince, il faut le construire par soi-même, un grand prophète ne viendra pas nous guider en nous prenant la main et nous expliquant comment faire.

Pourtant cette caractéristique-là ne fait pas pour autant de l'objection de croissance un contenu insipide défendu par des bobos occidentaux blancs s'auto-flagellant.

Latouche a proposé un schéma fait de 8 grands principes, mais vous vous gardez bien d'en parler.

Les 8 R de l'approche de la décroissance. Relocaliser, réduire, réutiliser, recycler, réévaluer, reconceptualiser, restructurer, redistribuer.

L'idéologue était bien Püttgent qui dit vouloir revenir à la vie de 1960 (société à 2'000 watts) sans pour autant renoncer à la fuite en avant consumériste et technologiste.

Serge Latouche avait le mauvais rôle en cela qu'il dépassait son statut d'économiste, puisqu'il se présentait comme philosophe penseur et objecteur de croissance, le professeur Püttgen, quant à lui, n'aurait pu déplaire à personne, vu qu'on attend (plus) rien d'un ingénieur pour sauver la planète, si ce n'est qu'il nous dise qu'en améliorant les techniques, on parviendra à limiter les dégâts plus longtemps.

Polluer moins, pour pouvoir polluer plus longtemps. Le refrain du développement durable, largement connu des gens présents dans la salle, n'avait en effet pas de quoi transcender les foules.

Latouche a dit l'essentiel, soit que la croissance et les mythes qui l'accompagne (progrès, sciences, techniques, etc.) sont bel et bien une religion, qui est en train petit à petit de disparaître. Après la disparition de l'ère religieuse, l'ère de la modernité se meurt, reste à savoir ce qui lui succédera.

Un prophète, puisque semble-t-il il faille l'appeler ainsi, à ce que je sache, n'a jamais donné de plan de marche, contrairement aux révolutionnaires - dont on connaît le sort de celles et ceux qui les ont suivi.

Écrit par : Julien Cart | 04/05/2010

Mais bien sûr, M. Cart, les jeunes africains qui meurent sur des barques pleines qui prennent l'eau, devraient se faire décoloniser l'imaginaire... Il faudrait qu'ils comprennent que le progrès c'est mal, que la technologie, c'est caca, que l'argent ne fait pas le bonheur et qu'au fond, ils sont beaucoup mieux dans leurs villages, à se tuer à la tâche et à crever d'ennui, quand ce n'est pas de faim...
Chacun chez soi et les vaches seront mieux gardées... Votre discours rejoint d'assez près celui de l'extrême-droite dans le fond, jusque dans son rejet de l'universalisme. Ce qui n'est pas franchement nouveau. Il y a trois quart de siècle, des intellectuels prônaient déjà le retours à la terre et les valeurs locales... Ce qui a donné d'ailleurs de grands auteurs et de grandes oeuvres, de Jean Giono à René Barjavel... Qui furent aussi l'alibi culturel de Vichy.
M. Latouche, que je ne connais pas, me semble un digne représentant de ce courant, fortement ancré en Provence. Dont le plus grand tort se résume dans le premier "R": relocaliser... Parce que quand les marchandises ne passent plus les frontières, ce sont les armées qui le font. Depuis l'Antiquité au moins.
Avez vous déjà été discuter avec les gens dans un village africain, M. Cart ? Ou avec des indigènes équatoriens ? Ou des travailleurs vietnamiens ? Ou des hors-caste hindous ?
Je ne parle pas des "camarades paysans syndiqués" qu'on vous exhibe dans les meetings comme des singes savants que Bové & Co ont gavé d'idéologie (ne me dites pas non, je l'ai vu faire), mais des gens de la base, de ceux qui ici vont au salon de l'auto et qui là-bas, voudraient bien s'acheter un vélo et rêvent (encore, mais plus pour longtemps) d'Europe ou d'Amérique...
Ce que veulent ces gens, avant tout, c'est vivre mieux. Moins de travail ingrat (et celui de la terre africaine l'est indubitablement, comme de survivre dans la forêt équatorienne), plus de santé, plus de formation, plus de consommation, l'électricité, l'informatique, le téléphone, les vacances, les voyages...
Le bon sauvage c'est un fantasme. Vous ne tiendriez pas un mois dans ces conditions, M. Cart et eux, le petit tiers de l'humanité qui reste encore à l'écart de la croissance, à vivre tous les jours dans ces conditions parfois préhistoriques, n'a qu'une seule idée en tête: s'en échapper et prendre sa part de la croissance.
Bien sûr qu'il faut partager, mais il n'y a pas d'autre solution que de chercher et chercher encore les moyens, y compris technologiques, d'améliorer leur sort sans achever d'exploser tous les indicateurs écologiques de la planète.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/05/2010

@ Mr. Souaille

Mais quelle mauvaise foi, c'est incroyable! Instrumentaliser ainsi la misère des peuples du sud pour justifier notre croissance qui précisément pille leurs ressources, c'est tellement gonflé qu'on croirait presque à une plaisanterie!

Quand on vous lit, on voit immédiatement que vous n'avez jamais écouté le discours des objecteurs de croissance qui précisément consiste à dénoncer le pillage des ressources et l'asservissement des peuples du sud pour assurer notre croissance et notre mode de vie impossible à généraliser à toute la planète.

Ce sont les bateaux de pêche industrielle occidentaux qui raclent les fonds des mers en Mauritanie et épuisent les ressources halieutiques.

C'est pour fabriquer nos téléphones portables qu'on fait des guerres pour le coltan en RDC.

C'est encore pour faire rouler nos voitures que l'on détruit des écosystèmes et des lieux de pêche en allant extraire du pétrole dont les populations locales ne voient pas la couleur (sauf lors des marées noires), comme dans le delta du Niger.

C'est pour nourrir notre bétail qu'on fait pousser des milliers d'hectares de monoculture OGM au Brésil ou au Paraguay à grand renfort de pesticides qui polluent les nappes phréatiques et en déforestant à tour de bras.

Demain c'est pour nos voitures soi-disant "propres" qu'on ira détruire les lacs salés de Bolivie pour chercher le lithium des batteries.

Et c'est précisément pour mettre fin à tous ces pillages que des gens comme Serge Latouche ou Paul Ariès nous exhortent à décroître...

Écrit par : T.S. | 04/05/2010

Mais relisez votre commentaire Philippe, c'est vraiment dégoulinant de mauvaise fois devant celui argumenté de Julien Cart. Admettrez-vous un jour que, comme nous tous, vos raisonnement font partie d'un carcan d'idées reçues dont il est manifestement pour vous très difficile d'en faire abstraction.

Écrit par : Djinius | 04/05/2010

On dirait un dialogue de sourds. Je ne lis rien d'argumenté dans le discours de M. Cart qui pond plusieurs dizaines de lignes pour enrober 8 verbes conjugués à l'infinitif et commençant par "R". Cela tient plus du mantra que du discours de la méthode et au demeurant, ces 8 injonctions s'appliquent sans autre au développement durable. Le hiatus est donc ailleurs.
Quant à TS, je n'instrumentalise rien du tout. Votre raisonnement est exactement le même que celui qui préside à des films mensongers comme le Cauchemar de Darwin. L'Occident pille les ressources du Sud, c'est évident. Mais ce n'est pas la mondialisation qui est la cause des guerres, c'est son contraire, le nationalisme et la persistance des frontières, des égoïsmes et des rivalités nationales, comme celles que concours à maintenir, voire à relever, l'altermondialisme qui défend avant tout les intérêts des occidentaux devant la puissance montante des pays émergents.
Seul davantage de mondialisation, à travers l'établissement d'une gouvernance mondiale démocratique permettra de réguler les fluxs et de rééquilibrer le partage - nécessaire - des fruits de la croissance. Pas l'arrêt de la croissance, qui ne résoudra rien. Et ne me dites pas que c'est utopique, ça l'est moins, beaucoup moins, que d'arrêter de se développer et de survivre au cataclysme socio-économique qui s'ensuivrait.
Les gens du sud ont soif de portables, donc de coltan, qui leur permet de zapper l'épisode "lignes téléphoniques fixes", et donc de gagner du temps, des pollutions et de l'argent. Il faut que le coltan soit acquis au juste prix, contrôlé par des accords du type de celui que la CNUCED avait établi sur le café, que les pêcheurs mauritaniens et sénégalais soient soutenus dans leur lutte pour la préservation des zones de pêche, etc... Mais ce n'est pas en stoppant la croissance qu'on y arrivera. En aucun cas.
Parce que tout cela demande des moyens et de la technologie (et pas seulement de doux rêves) et parce que des milliards de pauvres veulent leur part du gâteau, et sont bien décidés à l'obtenir.
Alors soit on se met tous autour d'une table et on discute, mais en étant prêt à lâcher du lest (ce qui veut dire que nous occidentaux allons perdre de notre confort et de nos conditions sociales) contrairement à ce qui était le cas à Copenhague, soit on ne le fait pas et dans les 15 ans à venir, peut-être beaucoup plus tôt, on s'étripe joyeusement.
Le plus gros mensonge d'un prophète comme Latouche et ses disciples, c'est de prétendre que le développement engendre trop de travail. C'est la spécialisation, l'application de l'avantage comparatif et la technologie qui nous permettent de travailler moins. Parvenir à survivre dans un monde appliquant la décroissance c'est travailler beaucoup plus pour juste parvenir à se nourrir et sans doute même pas à se soigner...
S'il y a quelqu'un parmi les divers commentateurs qui ne vit pas dans un carcan d'idées reçues, c'est bien moins. Précisément parce que j'ai rencontrés les gens dans la forêt vierge, dans la savane ou dans les rizières. Je sais combien dure est leur vie et combien celle d'un chômeur de chez nous est confortable à côté. Or aujourd'hui, ils le savent aussi, et croyez-moi, rien ne les arrêtera dans leur marche au progrès.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/05/2010

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