germinal01

07/04/2010

Repos, mon général !

Henri Guisan 1874-1960


J’ai toujours eu un goût immodéré et parfois discutable pour tout ce qui touche à la suissitude, ses icônes, ses produits mythiques, ses lieux,  ses images. C’est ma façon d’aimer mon pays, d’être patriote si l’on veut. Non, non, « patriote » n’est pas un gros mot. Vous voulez quelques exemples ? La petite Gilberte de Courgenay, les chansons d’Emile Jaques-Dalcroze, le lac d’Aegeri,  le Cenovis, le Gala, la regrettée émission TV Studio Coop , la Landsgemeinde d’Appenzell (j’y suis allé), les textes de Gilles (lisez donc Le Pigne d’Arolla ou Le Miracle de Saint-Saphorin), l’orchestre d’Hazy Osterwald, les aventures de Oin-Oin, Betty Bossi, le discours du 1er août dans une petite commune, le manuel d’instruction civique de Charles Duchemin et François Ruchon…….et bien entendu le Général Guisan et son coup de fourchette légendaire.

Déclaré apte au recrutement le 13 septembre 1893, il accomplit son école de recrues à Bière, puis l’école d’officiers à Thoune. Général il deviendra le 30 août 1939, prêtant serment devant le président du Conseil national Henri Vallotton.  Il disparaissait il y a exactement 50 ans aujourd’hui. Quelques jours plus tard une foule considérable se pressait à ses obsèques.

Il est vrai qu’en Helvétie, depuis 1848, les généraux se comptent sur les doigts d’une main ;  mais qui connaît encore leurs noms parmi les générations qui suivent le baby-boom ? Si le souvenir d’Henri Guisan reste peut-être encore présent et vivace en Romandie c’est qu’il avait le contact facile, qu’il « fleurait bon le Dézalay, le saucisson et le cigare », qu’il aimait serrer des mains, embrasser des enfants, côtoyer presque quotidiennement la troupe. N’a-t-il pas parcouru près de 300.000 km à travers la Suisse pendant le temps de sa mission. Est-ce aussi parce qu’il incarne « l’esprit de résistance » pendant la guerre 39-45 comme le pense l’historien J-J. Langendorf qui  avance  d élogieuses et osées comparaisons avec Mc Arthur, Churchill, le maréchal finnois Carl Mannerheim et même Charles de Gaulle : des hommes qui ont su dire non. Les Français ont eu l’appel de Londres le 18 juin 1940 et nous le rapport du Rütli le 25 juillet. « Faute de panache , on se taille un plumet » comme disait J-V. Gilles. Il n’en demeure pas moins que l’Europe est avertie, la Suisse résistera, le réduit national tiendra bon. On a beaucoup brocardé Guisan dans les décennies qui suivirent la guerre, moqué l’inefficacité de son système de défense si l’invasion….. et blâmé son admiration pour Mussolini. Tempi passati. Restent pour l’histoire ses quelques milliers de jours de service et cette évocation sous la plume de Jacques Chessex :

« Le général était vaudois, son portrait est dans toutes les pintes avec la petite armoire à tabac, l’horaire des c ars postaux et le cheval blanc des Rössli. O général Guisan, moustache, œil bleu, feuilles de laurier en or, tête d’aristocrate artilleur campagnard recuite par la fumée des cigares des yasseurs et des suçoteurs de décis, dans la torpeur familière des salles ! O héros plus sincèrement aimé chez lui qu’un bâtisseur d’empire ! Il a dit non à Hitler, il était de Mézières, il saluait tout le monde, il discutait avec les hommes aux inspections, il était vaudois et il s’est fait accepter par tous les Suisses, les protestants, les catholiques, et même par les Neuchâtelois. »

Réf :        Portrait des Vaudois, J.Chessex

                Entretiens accordés à Raymond Gafner pour les auditeurs de Radio Lausanne, H.Guisan

                J-J Langendorf ,le journal du matin RSR 1, le 6 avril

                L’album privé du général Guisan, L.Perrin

   

 

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Commentaires

Chose promise, chose due, vous l'avez fait ...

cf. blog de D.J. :

http://leblogdjetliberte.blog.tdg.ch/archive/2010/04/03/le-general-guisan-l-homme-que-l-histoire-ne-doit-pas-oublie.html#comments

Merci pour votre billet !

Durant les temps troublés, il est bon de se raccrocher à des symboles d'identités. Cela rassure. La Suisse vit des temps troublés et le Général Guisan est un symbole ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 07/04/2010

Général, nous voilà !

Écrit par : Guy Zan | 07/04/2010

@guy zan

vraiment désopilant, j'suis scié.
p.l.

Écrit par : pierre losio | 07/04/2010

Salut Pierre. Chapeau bas pour cette merveilleuse évocation du général dont chacune des lignes laisse deviner ton objectivité et la qualité de ta réflexion. Comme je te l'ai dit, tu me manques lors des longs après-midi de la commission des finances.

Écrit par : Eric Bertinat | 07/04/2010

Ici Berne A vous Claude Evelyne. ou Geroges Hardi, je ne sais plus.
La nostalgie n'est vraiment plus ce qu'elle était.

Écrit par : briand | 07/04/2010

"l’historien J-J. Langendorf qui avance d élogieuses et osées comparaisons avec Mc Arthur, Churchill, le maréchal finnois Carl Mannerheim et même Charles de Gaulle : des hommes qui ont su dire non."

en effet, très osées... mais puisqu'il ne faut pas "s'attaquer aux mythes" et que nous "vivons des temps troublés"... je m'auto-censure

Écrit par : Julien Cart | 13/04/2010

"Les Meilleurs Généraux sont ceux qui ne combattent pas !" Tsun Su (434 Av. JC) Je ne sais pas si le Général Guisan avait lu l'Art de la guerre selon Tsun Zu, mais il semble avoir appliqué la première règle de celui-ci : combiner un déploiement adapter des troupes en terrain favorable tout en ménageant la politique ! Bravo !

Écrit par : Steeve | 13/04/2010

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