germinal01

28/01/2009

Mobilité, pub, jazz et religion

J'ai le plaisir de publier aujourd'hui, avec son accord, un texte d'Alain Monnier, chargé de cours à la faculté des lettres de Genève , unité histoire des religions. Cet article paraît dans le no de février du Mensuel Vival La Musica, organe de l'AMR sous "Chronique de l'ex-père Monnier."


Busdieuseries

 

Une nouvelle chance de reconnaissance et de gain se présente pour les batteurs et les contrebassistes de jazz. Leurs instruments offrent en effet, plus que la trompette ou le saxophone, une surface permettant d’étaler tout à leur aise des slogans existentiels.


Tout a commencé à Londres, comme bien des bonnes choses telles que le smog et la minijupe. Un groupe d’athées, light il est vrai, a eu l’idée de placer sur des bus une publicité affirmant: «Dieu n'existe probablement pas. Cesse de t’inquiéter et profite de la vie!». Le concept a été repris à Barcelone par l’Union des athées et des libres penseurs, l’UAL, avant de poursuivre sa route pour Madrid.

Dans ce pays où sont nées bien de bonnes choses telles que l’Inquisition et la paella, la réaction de l’Eglise a été immédiate. Il est vrai qu'il ne s’agit plus cette fois de l’Eglise catholique mais d’un groupe évangélique, le Centre chrétien de réunion; il a fait placer sur des bus le 25 décembre, grâce aux résultats de la quête dominicale, une pancarte affirmant: «Oui, Dieu existe bel et bien, profite de la vie en Christ!».


Dieu en effet, pour le pasteur Paco Rubiales qui est à l’origine de cette réaction justifiée, est partout, en bus comme au ciel. C'est d’ailleurs dans un bus, et non dans une étable, que Jésus est né, prêche-t-il, comme le confirme un film de Pedro Almodóvar, «Carne tremula» (En chair et en os). Jésus recevra à cette occasion du général Franco un ticket à vie pour les transports en commun madrilènes (voir «Narrative, desire and critical discourses in Pedro Almodovar's Carne tremula (1997)», de Rikki Morgan-Tamosunas, dans Journal of Iberian and Latin American Studies 8 (2), 2002, pp. 185-199).

L’Eglise catholique n'a pu rester à la traîne. Antonio Alonso, de l’Observatoire d’antidiffamation religieuse, a dénoncé le «manque de respect énorme envers ceux qui croient», du fait de «mettre en relation Dieu avec quelque chose de négatif». Le Diable reconnaîtra les siens, mais c’est l’occasion d’élargir cette lutte spirituelle sur la sainte scène musicale. Une batterie proclamant sur ses peaux l’athéisme et une contrebasse affichant sur son bois le christianisme ne peuvent qu’improviser ensemble un Duo transcendant.

Alain Monnier

 

Je me permets d'y ajouter cette maxime de Woody Allen : "D'aucuns disent que je suis athée ; Dieu, lui, dit que je suis dans l'oppostion."

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