germinal01

15/01/2009

Il Gobbo (Le Bossu)

Il était lundi soir sur le plateau de Bruno Vespa (l’animateur des grandes surfaces politiques italiennes) dans l’émission Porta a Porta sur la RAI Uno.


Calé dans son fauteuil, plus énigmatique que jamais, ses pachydermiques oreilles en alerte ; il a même quelques fois souri, l’air étonné  qu’on pût encore s’intéresser à lui, badiné sur le fait qu’il n’avait jamais embrassé sa mère…..lui qui a pendant plus 50 ans a tenaillé d’une étreinte amoureuse paradoxale l’Italie, sa seule maîtresse, le seul pêché qui lui reste à assumer maintenant que la justice de son pays l’a absous de tous les maux dont ses ennemis  (et surtout ses amis) l’accablaient : relations mafieuses, assassinat commandité du journaliste Mino Pecorelli, trafic d’influence dans les officines bancaires vaticanes, manipulation du marionnettiste de la loge P2 Licio Gelli, entrepreneurial détourneur de suffrages……..

Insondable, économe du verbe, mystérieux : il Gobbo (le Bossu…. sans le panache de Jean Marais), Giulio Andreotti entrait hier dans sa nonantième année.

Saura-t-on un jour distinguer la vérité de l’artifice en cet homme politique hors du commun qui a suscité haines et incompréhensions tant au sein de l’hégémonique démocratie chrétienne, son parti, que parmi ses adversaires ? Et si finalement l’admiration qu’il voue encore à Enrico Berlinguer, l’intègre, intraitable et inoubliable secrétaire général du Parti communiste italien, ne reflétait que l’expression symétriquement envieuse de ce qu’il aurait voulu être et que Berlinguer, institutionnellement, ne fut jamais : un grand serviteur de l’Etat, austère, non pas craint, mais respecté. Car Andreotti a indéniablement voulu servir l’Etat ; il le fit avec une dévotion dont les valeurs n’étaient peut-être déjà plus en concordance avec le temps qui annonçait l’influence déclinante de l’Eglise sur la société transalpine.

Son empreinte cependant demeurera et le trauma de Mani Pulite/Tangetopoli ne saura l’effacer. Si « L’art de la vie publique, c’est de savoir exactement où il faut s’arrêter, et d’aller un peu plus loin » (Saki), l’histoire nous dira comment et pourquoi ce Bossu, hiératiquement enveloppé dans ses silences, a franchi les limites.

« Quand on est comme moi un homme sans imagination, il faut avoir des archives » avait-il coutume de dire perfidement à son propos ». Gageons que le jour où ses archives seront publiées bien des masques tomberont et on découvrira la véritable couleur de certaines barbichettes qui se prennent aujourd’hui pour des hommes d’Etat.

…….. tout passe……

 

Postscriptum :

Puisse Guy Mettan qui s’active dans ce but, réussir à inviter le Bossu au club de la presse. 

Je recommande la lecture d'un ouvrage que m'a prêté Fabiano Forte, primus inter pares de la démoctatie chrétienne genevoise,  "Storia della DC" de Giorgio Galli

 

15:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | | |

Commentaires

les archives d'andreotti
on été ouverts il n' y pas longtemps..

http://www.repubblica.it/2009/01/sezioni/politica/andreotti-novantanni/archivio-segreto/archivio-segreto.html?ref=search

Écrit par : luzia | 15/01/2009

Trés bon morceau "choisie" d'Histoire .... Il me semble qu'il fait échos à une certaine note... ;-)))

Écrit par : david | 15/01/2009

Merci cher ami Pierre de ce texte qui ravive bien des souvenirs ....

Très cordialement à toi, Mario C.

Écrit par : Cavaleri Mario | 15/01/2009

@david

je ne vois pas à quoi vous faites allusion.....mais peut-être que je me répète.

Écrit par : pierre losio | 15/01/2009

@Pierre

Non..non vous ne vous répétez point....

c'est juste une délectation de vous lire...et moi comme toujours, j'extrapole vers le présent...néanmoins, il faudrait prendre garde qu'il n'y ai pas un "nouvel Andreotti" qui surgisse dans le paysage politique Suisse...euh.. pardon italien...!

Écrit par : david | 15/01/2009

en effet, autant j'apprécie votre développement sur les "réussites"
d' Andreotti, autant je déplore votre silence sur la jeunesse trouble de cet homme d'Etat...

j'en veux pour preuve : pendant la guerre, il est secrétaire de Alcide De Gasperi qui était dans la clandestinité. Dans le même temps Andreotti collabora au journal de propagande fasciste « Rivista del lavoro », avec des positions de complaisance qui lui vaudront par la suite des critiques. Il participe aussi à la rédaction clandestine de « Il popolo » journal catholique clandestin pendant le régime fasciste, lié au Partito popolare et en 1944 il est élu au conseil national de la Démocratie Chrétienne.
A là fin de la guerre il devient responsable de la section jeunesse du parti.

c'est dire s'il fut impliqué de près dans les événements sombres de cette période de l'histoire italienne...

Écrit par : david | 15/01/2009

@Dave

"Si l'on ne peut pas dire du bien de quelqu'un alors il ne faut rien dire" (Giulio Andreotti

Écrit par : pierre losio | 17/01/2009

En premier lieu, si je compare notre animateur commercial non-préféré de Suisse romande, je dirais que lui fait du porte-à-porte et que Vespa fait "bzzz" dans les grandes-surfaces. Cela pour garder le proportions d'un monde (consumériste en matère de media) entre l'Italie et la "suisse normande".

En ce qui conerne Don Giulio, s'il avait voulu ressembler un tant soit peu à Enrico Berlinguer (dernier Grand Homme italien), n'aurait-il pas agit autrement ?

Écrit par : Le Rital (Michel Gioria) | 18/01/2009

Les commentaires sont fermés.