germinal01

06/01/2009

Hommage à Charlie Mingus

Albert Einstein portait une fort sévère appréciation sur le Nouveau Monde : "Les États-Unis d'Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence, sans jamais avoir connu la civilisation. "

Si l’on peut entrer en matière sur des domaines particuliers (l’actualité de ces cinquante dernières nous en fournit suffisamment d’exemples....non je ne néglige pas le débarquement suivi de l'anéantissement des forces du mal absolu) on ne peut oublier que c’est là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique qu’est née la musique la plus risquée, la moins accomplie (malgré d’innombrables chefs-d’œuvre) et par conséquent la plus passionnante et la plus ouverte, puisqu'elle est basée sur l’improvisation : le jazz, musique de notre tempsmingus1.jpg.

Je voudrais saluer avec reconnaissance puisqu’on va célébrer le 30ème anniversaire de sa disparition, l’immense et puissante personnalité que fut, au sens propre comme au figuré, Charles Mingus Jr, contrebassiste, pianiste, compositeur, arrangeur et aussi grand militant de la cause des Noirs.


Ah, il était pas de ces Blacks dont on sculpte des faire-valoir de la nation américaine et que l’establishment catholique bien-pensant invite parfois à la Maison Blanche (tiens, tiens !) pour qu'ils fassent les caniches sur la moquette et  qu'ils donnent le frisson du blues bien crade à des épouses de rednecks racistes jusqu’à la moelle.

Il n’avait pas oublié qu’en mai 1951, alors qu’il jouait régulièrement en trio avec le guitariste (blanc) Tal Farlow et le vibraphoniste (blanc) Red Norvo il fut remplacé au dernier moment pour une émission de télévision en couleur par un contrebassiste blanc (Clyde Lombardi) plus présentable à l’écran.

En colère, il le fut toute sa vie ; en excès constant d’exubérance libertaire et d’art brut (Pithecanthropus Erectus) ou de formalisme lèché et dévastateur (écoutez le très ellingtonien « The Black Saint & the Sinner Lady) de dévotion gospel ( Blues & Roots) ou de traditionnalisme classieux (Money Jungle en trio avec Ellington et Max Roach). Mingus avait conscience, et il le démontra tout au long de sa carrière,  que l’art de la musique de jazz "consiste à savoir exactement où il faut s’arrêter…. et d’aller un peu plus loin." (Saki) « Dans ma musique, j’essaie de jouer la vérité de ce que je suis. La raison pour laquelle c’est difficile c’est que je change tout le temps » avait-il coutume de dire à son propos.

Cette colère, cette versatilité, cette générosité, cette susceptibilité sans cesse exacerbée transpire caniculairement de son autobiographie « Beneath The Underdog », un véritable brûlot, violent et acerbe qui nous ferait presque oublier la pure douceur de sa plus belle composition « Good Bye Pork Pye Hat » qu’il avait dédiée à Lester Young et dont Joni Mitchell et Jeff Beck ont donné en 1976 et 1979 une relecture d’une rare pertinence.  

"Moins qu’un chien"…. peut-être….. mais quand on a écrit « God Bye Pork Pye Hat » et fait ronfler la contrebasse un certain soir de 1953 avec Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Bud Powell et Max Roach au Massey Hall de Toronto….. on va directement prendre sa place dans ce big-band qui flotte dans l’éther et qui improvise ad aeternum la musique des anges à visage humain.

Salut Charles Mingus, je garde précieusement en moi la chaleur de cette main que tu m’as tendue dans une loge de la Salle Patino (aujourd'hui Cité Bleue), il y a bien quelques lustres.

(photo Robert Louis, Nice 1977)
(A ne pas manquer sur France Musique du 10 au 11 janvier de minuit à 7h Nuit spéciale Charlie Mingus)
  

 

 

16:18 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Ceux qui n'ont jamais entendu et écouté "Meditations on Integration" interprété lors du Festival de Monterey en 1964, avec Eric Dolphy, Clifford Jordan, Jaki Byard, Johnny Coles, et Danny Richmond doivent d'urgence combler cette lacune!
20 minutes de pur génie!

C'est un ordre!

Écrit par : Azrael | 06/01/2009

En fait dans ce concert de Monterey, cher Azrael, il ne manque que Jimmy Knepper.
Merci d'avoir cité Dolphy.....il y avait quelque temps que je ne l'avais pas écouter....et je suis en train de déguster Out to Lunch et après ce sera Outward Bound.
cordialement

Écrit par : pierre losio | 06/01/2009

"Albert Einstein portait une fort sévère appréciation sur le Nouveau Monde : "Les États-Unis d'Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence, sans jamais avoir connu la civilisation. "

Il ne sait pas gêner de venir se réfugier chez les barbares décadants pour fuire le nazisme et de surcroit prendre la nationalité américaine.La preuve qu'êrte un génie de la physique n'empêche pas l'hypocrisie la plus basse.

D.J

Écrit par : D.J | 06/01/2009

Pour Dolphy : Epistrophy...

Écrit par : Azrael | 06/01/2009

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