germinal01

05/12/2008

Daniel Humair, musicien et peintre genevois : une carrière qui mérite un salut !

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On se sait décidément plus où donner de la fête ; les anniversaires culturels se sont succédé en cette année 2008 montrant par ces balises chronologiques la vitalité, la créativité et surtout la pérennité de ces théâtres, ces orchestres, ces troupes, ces artistes qui travaillent, on doit  même dire qui oeuvrent à Genève où qui font briller son nom en Europe et même dans le monde.
Quelques exemples en blèfle ; les quatre-vingts dix ans de l’orchestre de la Suisse Romande , (OSR) ou la passion du génie d’Ernest Ansermet perpétuée dans un outil musical de haute tenue. Les cinquante ans du Théâtre de Carouge, de François Simon à Jean Lermier, un parcours signifiant dans l’histoire du spectacle vivant, reflet de notre temps. Les trente ans du Théâtre du Loup, enfin sédentarisé, la quintessence de l’exigence et de l’inventivité artisanale. Enfin les cinquante de carrière du Old School Band qui, à Genève, est au jazz traditionnel ce que le Beau Lac de Bâle est au rock’roll.

Je voulais par mon propos (et c’est un mensuel français qui le rappelait le mois dernier) saluer un très grand artiste genevois qui célèbre lui aussi ses 50 ans de carrière en même temps que ses soixante-dix ans biologiques. Un peintre mais surtout un magnifique instrumentiste derrière les fûts et les cymbales…….un de ceux dont on dit volontiers « il ne joue pas de la batterie, il fait de la musique ».

 Il est né à Genève et m’a raconté dans un échange de mail récent ses premiers pas dans le monde musical : « Ma fanfare des débuts se trouve être l’Ondine Genevoise qui m’a donné mes premières baguettes (très mal utilisées à cette période de ma vie, selon l’avis des spécialistes tambourinaires en poste). On a ensuite mis entre mes mains une clarinette puis un hautbois et, vu mon manque d’enthousiasme, on m’a renvoyé vers un terrain de foot-ball, ce que j’acceptai très volontiers ! Le virus musical m’a frappé beaucoup plus tard, vers 1955 ».

Autodidacte, il travaille seul à partir de disques vynil et repique les solos de Sid Catlett ou Zutty Singleton. Premiers orchestres, premières consécrations : il remporte plusieurs prix au Festival de Zürich 1958, part en Suède et finit par s’établir à Paris après une halte bruxelloise pendant l’Exposition universelle. Tout s’enchaîne : un trio avec Martial Solal, les Double Six, les Swingle Singers. Il s’impose rapidement comme l’un des tout premiers drummers du continent. Phil Woods l’engage dans l’European Jazz Machine ; ce sera ensuite la rencontre avec Michel Portal, un long compagnonnage avec le pianiste Joachim Kuhn et le regretté contrebassiste Jean-François Jenny-Clark. Il est devenu incontournable, le sideman préféré des musiciens américains de passage.

Gaucher naturel mais pratiquement ambidextre son apprentissage intuitif lui permet de développer une technique très personnelle : « Mon jeu n’a jamais été académique ; aujourd’hui je joue toujours le tempo de la main gauche et les cymbales de la main droite. L’agencement de ma batterie est un accident, je suis resté gaucher des pieds alors que, pour les mains, l’école et la pratique du tambour de marche m’ont rendu gaucher ».

S’il est incontestablement un virtuose, il s’impose avant tout  par une attention toujours en éveil, une généreuse et instantanée disponibilité pour mettre en valeur ses partenaires (ou les "rapatrier" quand ils s'égarent) et surtout par une impressionnante force de proposition, toutes qualités indispensables dans la musique improvisée.
Je garde avec émotion et bonheur le souvenir (parmi tant d'autres)  de deux concerts qu'il a donnés à Genève : 1987 en trio avec le guitariste autrichien Harry Pepl et J-F. Jenny-Clark ;  plus récemment au Forum Meyrin où flanqué de B. Chevillon il entourait Michel Portal et Médéric Colignon, un moment d'une saisissante intensité qui inscrivit dans l’éther la noblesse du risque et de l’improvisation.

Cher Daniel, malgré ton caractère parfois bourru, accepte en cette fin d’année ce salut cordial et reconnaissant.  

12:23 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bonjour Monsieur,
Puisque vous avez la chance de pouvoir contacter Daniel Humair, pourriez-vous lui demander où trouver un disque enregistré il y a déjà pas mal d'années et qui doit s'appeller "Les 4 R" car il est en compagnie de René Urtreger (hélas disparu), Marc Hemmeler et mon ami le contrebassiste Paul Rovère. D'avance je vous remercie.

Écrit par : Claude Verdon | 05/12/2008

Cher M. Vernon,
son adresse mail est : contact@danielhumair.com
Je me souviens très bien de votre ami Rovère et d'un concert qu'il a donnée à la maison de la Radio, il y a fort longtemps, avec Martial Solal et le batteur Charles Bellonzi.
avec mes meilleurs messages.
P.Losio

Écrit par : pierre losio | 05/12/2008

Merci pour l'info. Je ne manquerai pas de contacter Daniel Humair. Pour ce qui concerne mon ami Paul, il a rangé sa contrebasse au rayon souvenirs. Il garde, parmis ses "heures de gloire" d'être le seul musicien français à avoir accompagné Billie Holliday à l'Olympia. Michel Gaudry l'ayant accompagné dans une boîte de jazz. Après pas mal d'années comme contrebassiste au Club St.-Germain, il a encore enregistré plusieurs disques en compagnie de Lionel Hampton puis, après avoir "sévit" comme musicien avec plusieurs chanteurs et chanteuses, il a encore travaillé pendant quelques années au big band de Radio-Zurich en compagnie, notamment, de Raymond Droz et quelques excellents musiciens suisses et étrangers. Il réside à nouveau à Paris.

Écrit par : Claude Verdon | 05/12/2008

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