germinal01

08/11/2008

« Les nouveau-nés ne sont pas des personnes »

Choc à Florence.

J’avoue avoir été très troublé, même secoué par ce qui s’est dit lors d'un congrès médical dans la capitale toscane  car vit dans mon entourage immédiat  une handicapée mentale et physique facétieuse avec qui nous entretenons des relations tout à fait normales.

La droite italienne attendait,  fusil pointé, les paroles du médecin hollandais Eduard Verhagen, auteur de « La carta de Groningen » qui  avance l’hypothèse de l’euthanasie pour les nouveau-nés malades sans espoir de guérison ; c’est pourtant et de manière inattendue un néonatologue italien, Gianfranco Vazzoler, chef de clinique  de Pordenone et membre de la Consulta de bioéthique de la ville, qui a secoué le Congrès (très discuté ) « Les défis de la néonatologie face à la bioéthique et la société » qui se tenait à Florence.

«Les fœtus, les nouveau-nés, les petits enfants, les retardés mentaux gravement atteints et ceux qui sont dans un état végétatif permanent, constituent des exemples de non-personnes humaines. Ils font partie de l’espèce humaine, mais ne sont pas des personnes » a déclaré le docteur Gianfranco Vazzoler.
Le titre de son intervention au congrès « Le nouveau-né est-il une personne ? » ne promettait rien de bon ; il avait mobilisé le nouveau cardinal Giuseppe Betori qui faisait allusion à cette phrase lors de sa visite dimanche dernier à l’hôpital pédiatrique Meyer où hier et jeudi se déroulait le congrès. « Le nouveau-né n’est pas une personne ; est une personne celui qui possède l’autoconscience, le sens moral et la rationalité » a dit Vazzoler en marge du congrès, «dans certains cas graves d’enfants malformés il pourrait être raisonnable d’accepter, comme en Hollande, l’euthanasie.»

La première réaction est arrivée pendant le congrès déjà. Le professeur ordinaire de neonatologie à Florence, Gianpaolo Donzelli, a défini les thèses de Vazzoler comme étant « personnelles, sans fondement scientifique ni éthique. ». Dur également le directeur de l’hôpital Meyer, Paolo Morello : « Il s’agit de propos offensants et inacceptables, desquels nous nous distançons avec fermeté ».

Les associations de bénévoles se sont élevées contre les affirmations du médecin de Pordenone. Parmi elles l’Anifas qui s’occupe de déficience mentale. Son président, Pietro Barbieri explique. « On a affaire à une idée économiciste pour qui il ne vaut pas la peine de porter assistance à certaines personnes. Le 3 mai de l’année en cours est entré en vigueur une convention de l’ONU sur le droit des personnes affligée d’un handicap ; elle affirme avec une extrême clarté et dans un sens laïc, le droit intrinsèque à la vie ».

Le Père Maurizio Faggioni, membre des comités éthique de la Fondation Meyer et de l’Enfant Jésus, enseigne la bioéthique à l’Académie Alfonsiana de Rome : « La phrase est tirée d’un livre de l’influent bioéthicien texan Engelhardt pour qui seul est un objet moral celui qui est capable de rationalité. Mais pour moi, chaque membre de la famille humaine mérite le respect. Introduire des distinctions à l’intérieur de cette appartenance commune signifie introduire une discrimination et mine la convivialité civile qui se base sur le respect de la dignité de l’être humain au-delà de ses qualités ».

Autre réaction, celle de Sandro Spinsanti, président du comité éthique des hôpitaux réunis de Bergamo et directeur de la revue spécialisée Janos . « Il est très insidieux et ambigu de partir d’un mot aussi fort que « une personne ». Il faut partir, au contraire, des relations. Exclure du « consortium » humain certains êtres humains sur la base d’une définition a priori est très offensant pour qui investit de l’énergie pour maintenir ces relations. La bioéthique devrait partir davantage du concret, du clinique, des relations humaines et moins de définitions abstraites et aprioristiques ».

Problématique délicate et douloureuse où se mêlent la science, la morale et la foi.  

In la Reppublica 1/11/08

 

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Commentaires

....n'est-ce pas la conséquence logique de l'avortement thérapeuthique?

Écrit par : arkencielle | 08/11/2008

Ce Professeur est-il le père d'un enfant handicapé ? Je ne pense pas. Ouvrir le débat sur l'euthanasie signifie pouvoir "raisonner" en matière... ce monsieur -apparemment- raisonne tout seul ou pire déraisonne. Il devrait faire attention... il paraît qu'un objet moral se définit en base de sa rationalité.

Écrit par : Marie-Jeanne | 09/11/2008

Cela sent son hitlérisme à plein nez. Il nous faut donc poursuivre sans relâche notre lutte contre la politique de "sélection" alors qu'on aurait pu penser que ce vieux concept anti-humain avait fait son temps alors qu'il traîne cependant ses relents néfastes au sein même d'une Eglise qui a refusé la théologie de la Libération (des pauvres, des exclus) pour en revenir à cet horrible type d'élitisme.
Attention: "trop (vieux, stupide, noir, etc.)" et "pas assez (intelligent, combatif, ethniquement pur, etc.)" sont les deux piliers de l'intolérance et de l'orgueil du pouvoir absolu. Ne nous laissons pas leurrer: en notre temps troublé, mieux vaut être considérés comme "très moyens" que de faire partie de cette "élite"!

Écrit par : A.Dall'Aglio | 14/11/2008

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