germinal01

22/10/2008

Contorsionnisme à l'italienne

Selon le chanteur Renaud il y a maintenant quarante ans (mai 68) que la dernière guerre a pris fin.

Pour fêter cet événements les français sont allés à Grenelle y signer des accords ("cher patron, cher prolétaire, merci beaucoup c'était très bien, on ne recommencera plus") ; c'est pour cela qu'on les appelle depuis lors les accords de Grenelle. Les français aiment bien Grenelle. C'est comme ça on ne peut rien y changer. Ils aiment tellement Grenelle qu'ils y retournent parfois. Tenez, l'an dernier ils s'y sont retrouvés à l'invitation de leur président inquiet pour l'avenir de la planète. Ce fut le Grenelle 1 de l'environnement. Une année plus tard ils s'en souviennent et votent une loi qui fait la part belle à l'alimentation bio, aux énergies renouvelables (objectif 23% d'ici 2020), aux bonu-malus sur la consommation et au programme de grands travaux en faveur des transports publics. Mais, malins comme l'homme de Tautavel, ils font exprès d'oublier dans leur loi tout le volet de la fiscalité écologique (taxe carbone, éco-redevance pour les poids lourds) et se donnent ainsi un bon prétexte pour retourner bientôt à Grenelle ; ce sera le Grenelle 2 de l'environnement. On se réjouit.

Les italiens eux n'ont pas la chance de connaître Grenelle ; leur premier ministre, Sua Emitenza, n'y est jamais allé. Lui il va en Sardaigne, à Porto Cervo, où, sur la côte, il souffle toujours une brise agréable (tous les navigateurs vous le diront). Il a donc beaucoup de peine à croire ces histoires qu'on a racontées à Kyoto et du reste lui, il n'y était pas à Kyoto le 16 mars 1998 ; c'est cette andouille de Romano Prodi qui a signé ; lui il n'a rien promis et puis d'habitude les protocoles c'est lui qui les rédige, qui les signe et qui ne les applique pas. C'est pour ça qu'il est très fâché avec ses copains de l'Union européenne réunis à Luxembourg. La veille de la rencontre son minitre Alfiero Matteoli avait déclaré que l'Italie demanderait la renégociation des accords de Kyoto. Sua emitenza Berlusconi estime en effet que claquer 180 millards d'euros pour le paquet environnemental d'ci 2020 ce n'est pas supportable ; l'Italie ne payerait que progressivement et pas avant 2013 les droits de polluer du secteur thermoélectrique et voudrait d'autre part qu'on augmente au maximum prévu la possibilité de produire de l'énergie propre dans les pays où elle coûte moins cher (donc pas en Italie) et de la comptabiliser comme réduction nationale (donc en Italie). Effets d'annonce. Au Grand Duché la sémillante ministre de l'Ambiente Stefania Prestigiacomo a fait patte peluche et chattemite car à en croire Jean-Louis Borloo, grand artisan du Grenelle 1 "il existe une forte volonté des états membres pour intensifier les travaux et arriver à un accord sur le paquet climat/énergie avant la fin de l'année ; il n'y a pas d'exception italienne".

Alors pourquoi ce contorsionnisme transalpin ? 
On trouve la réponse dans le dessin féroce du vignettiste  Ellekappa où dialoguent ses légendaires personnages :

 elekappa.jpg

 

 - Défendre l'environnement c'est un investissement pour le futur, non ?
- Oui, mais Berlusconi a 72 ans.

 

in la Reppublica

 

16:37 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Ciao Pierro,
je n'avais pas encore eu le temps de te souhaiter la bienvenue sur les blogs de la Tribune, mais ta plume et ta culture vont y faire merveille, je n'en doute pas.
A part ça, juste un détail, les bonus malus sur la consommation (excellente idée de Borloo, suggérée dans mon bouquin l'Utopie Urgente), c'est précisément de la fiscalité écologique. Un peu plus subtile et sociale que la taxation des poids lourds, parce qu'elle implique le consommateur lui-même en lui laissant le choix du produit qu'il acquiert. Ecolo, il paie moins, pas écolo, il paie davantage. Tandis que la taxe poids lourds renchérit tous les produits indifférement.
Grosses bises et longue vie au rock'n roll

Écrit par : Philippe Souaille | 22/10/2008

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