germinal01

10/10/2008

Videosurveillance

Après un long mais intéressant débat de bonne tenue, le Grand Conseil genevois a adopté jeudi soir la loi sur la protection des données personnelles (LPDP) qui succède à la LIPAD, la complétant et l’améliorant ; très bonne loi au demeurant si elle trouve une meilleure application, plus rapide et plus achevée de la part des institutions publiques qui lui sont soumises. En effet la LIPAD, entrée en vigueur en 2002, a connu une mise en œuvre très variable, voire incomplète selon les institutions.

C’est bien entendu la problématique de la videosurveillance qui a suscité le plus de controverses au cours de la discussion parlementaire.
 
Ce système de surveillance largement étendu en Grande Bretagne (trois cent quarante-six mille cameras étaient recensées par le ministère en 2006 dont 74 % dans les lieux et établissements publics) porte en lui une étonnante contradiction comme l’ont fait remarquer les chercheurs G.Armstrong et Norris dans « The Maximum Surveillance Society » : « Une difficulté majeure est qu’il existe une confusion, voire une contradicition, concernant ce qu’on attend de la videosurveillance en ville. D’un côté, la capacité des cameras d’être les témoins d’incidents criminels devrait logiquement augmenter le nombre de crimes et délits ainsi enregistrés. D’autre part, la simple présence des cameras devrait dissuader les contrevenants potentiels d’agir, et donc diminuer le nombre de crimes et délits enregistrés. »  Surprenant non ?
D’un point de vue plus technique, la prétendue validité/efficacité de ce système de surveillance s’apprécie véritablement dans les salles de contrôle ; il a été constaté (toujours en Grande-Bretagne) que le nombre d’écrans installés dans ces salles ne correspond pas au nombre de cameras en opération (certains système évalués par M. Gill et A. Spring  présentaient un ratio de dix-sept cameras pour un écran ; pour la plupart il était de deux à cinq cameras pour un écran). Conséquence prévisible : les images de la majorité des cameras échappent aux contrôleurs puisqu’elles ne sont pas affichées ; de plus on a de la peine à croire qu à longueur de journée et avec la même attention ces contrôleurs puissent surveiller plus d’un écran à la fois. (Pour davantage de détails sur la videosurveillance en Grande Bretagne consulter le Monde diplomatique de septembre 2008).
Bien entendu on rétorquera que le système mis en place à Genève sera techniquement raisonnable, facilement et humainement praticable, financièrement supportable…. Y en n’a point comme nous ! Ce que l’on connaît à ce jour c’est coût du projet Cyclope, (partiellement utilisé pendant l’Euro paraît-il) : plus de 4 millions. Avec cette somme, combien de gendarmes pourrait-on engager pour une véritable sécurité de proximité sous la forme de l’îlotage ?

J’appartiens à un courant de pensée qui est viscéralement attaché à la protection de la sphère privée des individus, à la liberté d’aller et venir sur le domaine public sans être soumis à l’œil intrusif d’une camera. Vivre sa ville sous un système de videosurvellance signifie qu’en permanence le citoyen, le badaud, le passant sera : observé, regardé, guetté, remarqué, épié, lorgné, reluqué, surveillé, examiné, toisé, espionné, filmé, enregistré ; puis pendant sept jours, visionné, dévisagé, isolé, distingué, identifié, trié, catalogué……   peut-être fiché !
Les démocrates un tant soit peu libertaires ne veulent pas être soumis à cette surveillance technologique qui menace notre liberté !    

 

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Commentaires

"Avec cette somme, combien de gendarmes pourrait-on engager pour une véritable sécurité de proximité sous la forme de l’îlotage ?"

Vu les prétentions salariales de nos pandores, qui en plus se permettent de réclamer des heures sup' majorée de 40% (hé oui !), cette somme ne va pas permettre d'en engager beaucoup !

Écrit par : Djinius | 10/10/2008

"J’appartiens à un courant de pensée qui est viscéralement attaché à la protection de la sphère privée des individus, à la liberté d’aller et venir sur le domaine public sans être soumis à l’œil intrusif d’une camera."

En rapprochant ces propos avec ceux de l'ex-candidat procureur Paychère (qui a peu de chose près appartient au même courant). Lui disait qu'il irait débusquer l'insécurité là ou elle se trouve a son avis: Chez les automobilistes et dans les chambres a coucher. Pas dans la rue.

J’en arrive immanquablement une conclusion surprenante: La gauche est toujours là quand il s'agit de surveiller et réprimer le citoyen moyen (ouvrier, employé, contribuable). Mais en même temps semble tous faire pour faciliter la vie aux dealers, pickpockets, immigrés illégaux...

J'avoue que le sens et la finalité de ceci dépasse mon entendement.

CE

Écrit par : Eastwood | 27/10/2008

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Écrit par : d | 08/01/2009

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Écrit par : d | 08/01/2009

Les caméras ont aidé bien sûr, après coup, à élucider des délits, des meurtres et même à déjouer des attentats et à retrouver leurs auteurs mais quel est le projet pour Genève car derrière un système de caméras, il faut des humains qui jour et nuit, scrutent les écrans pour que l'efficacité soit optimale et cela a un coût salarial.
De plus, des unités rapides d'intervention(qui n'existent pas à ce jour) en nombre suffisant doivent pouvoir intervenir au plus vite.
Est-ce que cela a été prévu dans une réelle politique de sécurité à Genève où allons-nous juste dépenser l'argent sur l'achat de caméras pour suivre le mouvement des villes européennes sur la question. Une discussion de fond sur une stratégie politique liée à la sécurisation des lieux publics doit être bien réfléchie et mis en place avec de gros moyens sur du long terme.
Le Canton de Genève peut avoir un système de surveillance par caméras mais derrière cela il y a tout une logistique à créer et à développer. Sinon c'est un voeu pieux.

Écrit par : sirène | 08/01/2009

Je pense qu'il est urgent que les Verts et la gauche repensent radicalement leur position sur la vidéosurveillance de l'espace public. On est coincé en 1984, coincé dans les fiches Cincera et la position tenue ici ne tient pas compte de toute une série d'éléments techniques et légaux qui sont nouveau. La vidéosurveillance est aujourd'hui légale et réglementée, et les propos tenus encore dans nos assemblée sont des reliquats d'un état de faits révolu. Preuve en est que personne ne fait la différence entre la vidéosurveillance active et passive. Pierre, dans ton dernier paragraphe, tu nous parles de vidéosurveillance active - c'est à dire que derrière la caméra il y a un écran et devant l'écran il y a un flic qui regarde - alors que la videosurveillance dont on parle ici est une surveillance passive où il n'y a qu'un disque qui enregistre et s'enregistre sur lui-même tant qu'une procédure n'est pas engagée pour accéder à une partie du disque. Personne ne regarde.

Donc il faut le dire et le redire : on ne peut plus être aujourd'hui idéologiquement contre la vidéosurveillance pour les motifs que tu évoques dans ton post. On peut juger que la mesure technique n'est pas proportionnelle aux besoins, les communes peuvent édicter leur propres règlement d'application, etc. Mais on ne peut pas être idéologiquement contre (ça me rappelle un peu quand j'intervenais en France dans la CNIL au début des années 90: la majorité des membres étaient "contre Internet"... ça ne leur a servi strictement à rien).

Il ne sert à rien de ressasser la vieille posture consistant à parler de gentille police de proximité, de prévention, d'ilotier, d'éducation, etc... Bien sûr qu'il en faut de tout ça et cela se fait en grande partie inconsciemment, par la force des choses et par la seule présence du regard du quidam. Mais enfin on ne peut pas dire qu'on va supprimer le service du feu et le remplacer par des cours à l'école sur la prévention des incendies... On ne peut pas nier que malgré tous ces efforts louables une sécurité digne de ce nom a besoin - je vais dire un gros mot et je m'en excuse - de moyen de répression (sinon à quoi sert-il de voter des lois si l'on ne se donne pas les moyens de les faire appliquer). Et à ce niveau là mon opinion, que je défendrai bec et ongle, est que la vidéosurveillance (PASSIVE) est à la sécurité ce que la bicyclette est à la mobilité.

BG
Ancien commissaire à la protection des données (ex-CCIE)
et encore vert.


PS: Je m'interroge encore sur la facture hallucinante (+ de 4 mio) que vous avez votée pour les caméras de l'Euro - ça c'est scandaleux! - alors qu'un simple déplacement à Mediamarkt aurait suffit à renvoyer le projet en commission finance (c'était encore un coup du CTI ça, non?)

Écrit par : Blaise Galland | 25/03/2010

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